A l'heure où l'on craint la crise économique, le coronavirus engendre des cessez-le-feu.

Depuis l’émergence de la nouvelle pandémie de coronavirus, la principale préoccupation des journaux et de l’opinion publique en général demeure focalisée sur un seul sujet : la crise économique à suivre, et celle-ci est déjà amorcée.

Dès le début du mois de mars, près de 6 000 milliards de dollars de capitalisation boursière ont été brûlés par les investisseurs pris de panique ; en France le PIB a chuté de 6 % au premier trimestre, la plus mauvaise performance trimestrielle depuis 1945. Le gouvernement réfléchit au plan de relance qui s’évalue à 100 milliards d’euros selon le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, et aux dispositifs à mettre en place lorsque le confinement sera fini.

Les populations urbaines se préparent au pire, et certains voient cette crise comme prémisse d’un changement du système économique actuel dans lequel les petits besoins quotidiens ne pourront plus être satisfaits, comme il est possible de lire dans un article de France Culture intitulé « Coronavirus : crise économique ou changement de modèle ? », publié le 12 mars dernier.

Néanmoins, les conséquences de cette pandémie peuvent démontrer certains aspects positifs, notamment écologiques. C’est ainsi que de nombreuses vidéos et photos de la nature reprenant ses droits ont été massivement partagés sur les réseaux sociaux, allant même jusqu'à faire la une de certains médias : dauphins visitant le port de Cagliari en Sardaigne, réduction d’émission de CO2 de 100 millions de tonnes en Chine par rapport à l’année 2019, sans oublier les sommets de l’Himalaya visibles à plus de 200 kilomètres grâce à la baisse de la pollution. Même si cet impact positif n'est qu'éphémère.

Cependant, un sujet important auquel peu de médias ont accordé de gros titres n’est ni écologique ni économique, mais bien géopolitique (rassurer n’étant pas la première préoccupation).

Cette pandémie, établissant le confinement de près de 50% de la population mondiale, a notamment eu pour conséquence des accords de cessez-le-feu dans plusieurs zones de conflits, les belligérants craignant d’être atteints.

Le 23 mars dernier, pour combattre la crise du coronavirus, le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Gutteres lançait l’appel à un cessez-le-feu mondial, soutenu désormais par plus de 70 pays, et des organisations régionales comme l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA).

Ainsi, la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, qui intervient au Yémen en soutien des forces gouvernementales, a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines à partir du jeudi 9 avril.

Dès le 24 mars, le Front démocratique national des Philippines (NDFP) déclarait que le Parti communiste philippin (CPP) cessait temporairement les hostilités avec le gouvernement.

Les Forces de défense camerounaises (SOCADEF), branche armée du Mouvement sécessionniste de libération du peuple africain (APLM), a annoncé le 25 mars un cessez-le-feu pour une durée de 14 jours.

Le gouvernement de la République du Soudan a, quant à lui, décidé la rupture unilatérale des hostilités, de même que la plupart des mouvements armés comme l’Armée de libération du Soudan. En Colombie, l’Armée de libération nationale (ELN) a annoncé le 29 mars un cessez-le feu unilatéral.

Cependant le Secrétaire général de l'ONU a déclaré à la suite de son discours du 23 mars qu'aucune interruption des combats n'a été constatée dans certaines zones où la situation reste critique, et ajoute que « certains conflits se sont même intensifiés ».

C'est notamment le cas au Mali, épicentre de la crise au Sahel, ou encore dans la région du lac Tchad dans laquelle le groupe terroriste Boko Haram continue ses exactions. En Somalie, les frappes de l'armée américaine se poursuivent contre les dirigeants des shebabs toujours actifs dans le pays (les dernières frappes datant du 7 avril).

L’intensification des combats dans ces zones démontre que les conséquences de cette pandémie ne permettent naturellement pas de résoudre les principaux conflits géopolitiques actuels.

Néanmoins, le constat observé dans plusieurs pays dans lesquels les belligérants ont répondu à l’appel du Secrétaire Général de l’ONU, permet d’avoir une réflexion sur nos besoins si précieux.


La crise économique à suivre va probablement être autant, voire davantage importante que celles de 1929 ou de 2008, comme le soulèvent certains économistes. On peut donc imaginer et anticiper les dommages inquiétants que celle-ci causera.

Cependant, si aujourd’hui un Français, Allemand ou Étasunien cauchemarde à l’idée qu’il n’y ait plus de papier toilette ou de saumon fumé dans les supermarchés, il faut lui rappeler qu’un Yéménite, Colombien ou Soudanais passera les prochains jours sereinement sans se soucier de perdre un ou plusieurs membres de sa famille lors d'un affrontement, bien que cela ne soit que temporaire...


A.G

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