L’Egypte face à ses futurs défis : entre surpopulation et manque d’eau.

Le 11 février 2020, soit 3 jours avant l’annonce du premier cas de coronavirus dans le pays, l’Egypte dépassait le cap des 100 millions d’habitants. Au-delà du risque élevé de propagation dans le cadre de la crise sanitaire, ce phénomène de surpopulation inquiète depuis plusieurs années, face à l’urgence climatique et environnementale.


Pollution le long des rives du Nil (MEE/André Bossone) 2015

Le président Abdel Fattah Al-Sissi le dit lui-même : la croissance démographique démesurée est la menace principale pour le pays, après le terrorisme. Le delta du Nil et les rives du fleuve concentrent la grande majorité de la population égyptienne. Il s’agit désormais de l’une des régions les plus densément peuplées au monde. Plus de 95% de la population est concentrée sur 7% du territoire. Le fleuve constitue un enjeu majeur, puisqu’il recouvre la quasi-totalité des besoins en eau du pays, et représente un tiers des emplois. Outre les barrages dans les pays qu'il traverse en amont, c’est bien le réchauffement climatique et la pollution qui menacent le débit et les cultures dépendantes du fleuve.


L'Egypte face à la crise climatique.

La disparition des terres fertiles sous le coup des sécheresses et de la salinisation des terres est synonyme de perte d’emploi et de précarité alimentaire pour la population. L’accroissement du niveau des mers provoque l’infiltration d’eau salée dans les champs et forêts, avec pour conséquence une stérilisation des terres pourtant réputées très fertiles dans le Delta du Nil. Début janvier 2020, l’agence de notation Moody’s alertait sur la vulnérabilité des territoires comme l’Egypte [1], dépendant du secteur primaire, face à ce changement climatique. « Les répercussions économiques et sociales de la perte de revenus, des dommages aux biens, des décès, des problèmes de santé et des migrations forcées causés par la montée du niveau de la mer sont immédiates ». L’Egypte est, comme plusieurs pays côtiers, en première ligne face au réchauffement de la planète, et doit en plus faire face à un climat de plus en plus aride, sur un territoire à grande majorité désertique.

La situation est d’autant plus inquiétante qu’abstraction faite des effets potentiels du changement climatique, l’Égypte connaît déjà une profonde crise de l’eau, aussi bien du point de vue de la quantité que de la qualité. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) [2] estime en effet que l’Egypte atteindrait le niveau de stress hydrique absolu en 2025. A cela s’ajoute un taux de chômage très important surtout chez les jeunes et les femmes. Malgré un PIB d’environ 303 milliards $ en 2018/19 [3], le deuxième d’Afrique, un tiers des Egyptiens vit encore sous le seuil de pauvreté, fixé à 1.4 $ par jour par les autorités. La forte hausse de la demande d’eau en lien avec la croissance démographique, combinée à l’accroissement de la pauvreté, menace donc fortement la stabilité du pays.

Cette situation alarmante invite à interroger les politiques agricoles et alimentaires du pays et leur adaptabilité aux grands enjeux climatiques et socio-économiques qui se posent dès aujourd’hui, particulièrement dans le contexte de la crise du coronavirus. Plus de 8 millions d’Egyptiens n’ont pas accès à des installations sanitaires correctes. A la diminution du débit du fleuve et la disparition des cultures vient s’ajouter la pollution de la principale source d’eau potable. Environ 150 millions de tonnes de déchets industriels finissent dans le Nil chaque année, selon un rapport de l'agence publique environnementale de 2018. Ces rejets constituent un danger pour la population dépendante du fleuve, et pour la biodiversité. Le ruissellement des produits chimiques utilisés dans l’agriculture et l’industrie menacent notamment le secteur de la pêche. Les métaux lourds présents dans les rejets couplés aux déchets solides ont des conséquences dramatiques sur la santé des poissons, et sur celle des riverains qui les consomment. La démographie galopante entraîne la multiplication des constructions sur les berges du Nil, ce qui aggrave encore le problème de pollution. Les villes et villages qui ne jouissent pas d’un réseau d’égout adapté rejettent directement leurs eaux usées dans le fleuve, causant par ailleurs une propagation élevée de maladies.

La question de l’eau potable en devient éminemment politique. Il est désormais urgent que le gouvernement égyptien investisse dans d’autres sources d’alimentation en eau que le Nil, tout en apportant des solutions durables en termes d’agriculture et d’assainissement du fleuve.

Plusieurs mesures ont déjà été prises afin de limiter la perte d’eau dans les réseaux de distribution et d’irrigation. Abdel Fattah al-Sissi a d’ailleurs annoncé récemment que le projet de revêtement de ses canaux d’irrigation pour économiser sa ressource hydrique se ferait non plus en dix, mais en deux ans. Le gouvernement fait également la promotion du dessalement, processus par lequel l’eau saumâtre ou salée est transformée en eau douce. Plusieurs projets sont développés en ce moment dans les gouvernorats côtiers d’Egypte, afin de pallier aux besoins grandissant en eau de la population et de l’agriculture.

Article rédigé par Paula Grimaldi.

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