Le confinement n’a pas eu beaucoup d’effet sur les oiseaux d’eaux.

Les plages désertées ont offert aux oiseaux d’eaux un terrain de jeu inespéré. Le confinement n’a pourtant pas vraiment permis aux espèces en danger de se reproduire davantage. Ce moment d’accalmie n’a pas non plus sensiblement amélioré leur protection.


Image tirée du Peuple breton. Bzh

Sur la plage abandonnée, oiseaux et crustacés batifolent sans danger. Pendant 55 jours, les Français ont eu interdiction d’accéder aux quelque 20 000 kilomètres de côtes jalonnant la France métropolitaine et d’Outre-mer. Vides d’activités humaines, les plages ont ainsi retrouvé un semblant de nature. Les crustacés ont par exemple réussi à se préserver de la si meurtrière pêche à pied.

Les volatiles, davantage en confiance, n’ont plus eu besoin de s’envoler à la moindre approche jugée dangereuse. Les gravelots, en particulier, petits oiseaux d’environ 40 grammes pouvant vivre jusqu’à 18 ans, ont occupé l’espace laissé libre. Ils pondent de tout petits œufs, de la taille d’un pouce et de couleur sable pour se camoufler. James Jean-Baptiste, salarié du groupe d’ornithologues de Normandie, a profité d’une autorisation du préfet de sa région pour observer les oiseaux directement sur les plages. Il en retient un changement manifeste de comportement : « Les oiseaux ne côtoyaient plus d’humains. Chaque fois qu’ils en voyaient un, ils le percevaient comme un prédateur et devenaient très farouches. Impossible de s’en approcher ». Les oiseaux ont surtout bénéficié de la tranquillité des lieux pour s’économiser en énergie, poursuit Jean-Baptiste : « ils ne volaient presque pas, ils remontaient sur le haut de la plage pour se reposer et se baladaient tranquillement sur leurs deux pattes. Il y a surement eu moins de mortalité et les oiseaux les plus faibles ont survécu ».

Plus à l’ouest, Bernard Trébern s’occupe des oiseaux du Finistère Nord pour l’association Bretagne vivante. S’il reconnaît que certains gravelots à collier interrompu (espèce rare et protégée) ont investi des endroits habituellement délaissés, l’association n’a pas enregistré davantage d’oiseaux sur les plages. « Nous avons entre 40 et 70 couples qui nichent chaque année dans le Finistère, ça n’évolue guère plus. Le confinement n’a pas changé les choses, les oiseaux se sont peut-être installés sur des plages paisibles qu’ils auraient normalement désertées, mais ça reste du ponctuel. »

Mobilisation tous azimuts

Pourtant, depuis le 11 mai, c’est le branle-bas de combat. Le conservatoire du littoral, piloté par le ministère de la Transition écologique, a lancé l’opération « sauver nos poussins ». Une campagne d’affichage et de communication pour alerter les promeneurs :

  • « Vérifiez que l’accès du site du littoral où vous comptez vous rendre est autorisé ;

  • Restez sur les sentiers balisés et habituels. Si vous avez un chien, tenez-le strictement en laisse ;

  • Gagnez le plus rapidement possible le fil de l’eau pour mener vos activités sportives ou récréatives et restez au plus proche de l’eau ;

  • Éviter au maximum de fréquenter le haut de plage, les dunes de sable ou végétalisées en arrière littoral, lors de vos parcours vers les stationnements ;

  • Si vous voyez un oiseau posé au sol qui vous semble blessé ou pousse des cris répétés, éloignez-vous au plus vite car il s’agit d’une manœuvre destinée à vous éloigner du nid ou une alarme indiquant la présence d’un nid ou de poussins… »

Il faut dire que le gravelot fait peu de poussins viables : 80 % des pontes ne vont pas à leur terme chaque année et seulement 14 % des pontes donnent des oisillons atteignant l’envol. La protection de cette espèce en particulier s’avère donc vitale et requiert le concours humain.

A Fouesnant, le maire Roger Le Goff a même interdit toute circulation piétonne et cycliste sur un chemin longeant la Mer Blanche. « De nombreuses espèces d’oiseaux se sont installées sur les plages ou les sentiers désertés, en plus de leurs zones habituelles de reproduction, justifie-t-il sur le site de la commune. Elles y ont construit leur nid, souvent à même le sol, et la couvaison est en cours ». A la connaissance de l’association Bretagne vivante, c’est la première fois que Fouesnant ferme l’une de ses plages alors qu’il n’y aurait pas plus d’oiseaux que l’an dernier. C’est à se demander si la mairie, qui n’a pas souhaité nous répondre, ne fait pas un peu de communication. « En Espagne, on ferme souvent des plages pour protéger des oiseaux nicheurs, mais ce n’est jamais le cas en France », ajoute Bernard Trébern. L’association se réjouit en revanche que le préfet de la région, sensible à la vulnérabilité des enclos, ait pris des arrêtés pour protéger une partie de la baie d’Audierne (sur les communes de Plovan et Tréogat) dans le Finistère sud.

Autant d’oiseaux, pas mieux protégés

James Jean-Baptiste bague des gravelots depuis douze ans. Il est formel : « On a enregistré cette année exactement autant de couples de gravelots que l’an dernier et basés sur les mêmes plages de Normandie. C’est un fantasme de croire que les oiseaux se seraient développés après un départ aussi bref des humains des plages. L’installation d’une espèce est liée à plein de paramètres : ressources alimentaires, végétation, présence de prédateurs (corneilles et renards entre autre)… Ces paramètres n’ont pas été modifiés par le confinement. » En l’occurrence, seuls les enclos garantissent aux gravelots une immunité infaillible face aux corneilles non confinées. Sans enclos, l’espèce aurait déjà disparu. « Les gens ont juste pris le temps d’observer les oiseaux sans bruits superflus pendant deux mois. Mais la nature a toujours été là », complète James Jean-Baptiste.

Sur les côtes, les associations couvent leurs oiseaux. Ils construisent des enclos pour éviter que les nids se fassent piétiner. S’ils se réjouissent globalement de la fermeture de plages, ils expliquent que leur ennemi premier reste le chien. « Les oiseaux se sont habitués aux humains. Ils se débrouillent et circulent entre les serviettes. Ils s’adaptent si la commune joue le jeu en nettoyant correctement les plages. Mais les chiens non tenus en laisse dévorent les œufs et salissent l’environnement des oiseaux avec leurs excréments », déplore James Jean-Baptiste. Les plages restent généralement interdites aux canidés, au moins de juin à septembre, mais les arrêtés ne sont jamais respectés. « Les polices municipales devraient se rendre sur le terrain et verbaliser, il n’y a que ça qui fonctionne. Un peu à l’image du confinement, il n’y a qu’avec le risque de recevoir une amende de 135€ que les gens ont fini par rester chez eux », insiste le salarié du groupe des ornithologues de Normandie.

Le déconfinement a ramené beaucoup de chiens et les oiseaux en ont déjà pâti. « Sur une des plages que nous observons, six couples ont niché pendant le confinement », raconte Bernard Prébern. « Ils couvaient à même le sable. Seulement, lorsque chiens et humains sont revenus, ils ont tous disparu. Un seul poussin est sorti, alors que trois par couvée peuvent naître habituellement. Tous les autres œufs ont dû être détruits. » Pour les associations, humains et oiseaux cohabitent bien ensemble à partir du moment où les humains les respectent et ne salissent pas les plages. Difficile de dire si le fameux « monde d’après » en suivra la consigne.


Article rédigé par Geoffrey Lopes.

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