Le temps n'est pas à l'investissement pour l'environnement.

   Depuis le 14 janvier, est diffusée le mardi soir sur M6 l’émission « Qui veut être mon associé ? », présentée par Julien Courbet. Le principe est le suivant : des entrepreneurs souhaitant développer leur entreprise viennent la présenter devant de gros investisseurs (comme le fondateur de Blablacar, Florent Mazzella, ou celui de Meetic, Marc Simoncini) et proposent un montant d’investissement contre une action sur cette dernière.


   Le but de cet article n’est pas de critiquer cette émission, qui reste bien plus instructive que beaucoup de programmes télévisions qu’il est possible de regarder le soir, et qui représente une possibilité de visibilité pour certaines petites entreprises ; mais plutôt de s’attarder sur une séquence exprimant bien un des enjeux principaux concernant le lien entre économie et l’environnement.


Lors de l’émission du 28 janvier, Ludovic, co-fondateur de Biomédé, est venu présenter son entreprise qui propose de détecter la qualité des sols, puis des graines étant capables d’aspirer les métaux lourds présents dans ces derniers. Il précise que 30% des sols agricoles français (Secteur agricole = environ 3,5% de notre PIB) contiennent des métaux lourds, dus à l’industrialisation ou à l’utilisation de produits comme le glyphosate. Evidemment, un sol pollué produit moins, mais cela soulève un paradoxe que j’ai déjà développé dans un précédent bulletin consacré aux abeilles, et qui ne fait pas l’objet de ma critique.


   Un des investisseurs demande directement quels sont les bénéfices qu'il prétend percevoir sur son projet, avant qu’un autre lui fasse une remarque sur sa manière de vendre, sachant qu’il est assez timide. Ludovic rétorque en expliquant qu’il n’a pas besoin d’être un bon vendeur, sachant que c’est un sujet qui engage par lui-même. Il précise alors que 20% des cancers ont une origine environnementale et qu’il n’existe pas de normes pour la qualité des sols en France. Cette remarque est intéressante, puisqu’il explique implicitement aux investisseurs qu’au fond, leur investissement est plus une question d’engagement pour le bien commun qu’un investissement financier pouvant rapporter de gros bénéfices.

 

Devant la proposition de Ludovic, tous les investisseurs passent en expliquant qu’ils le recontacteront peut-être lorsque le modèle économique de son entreprise sera plus abouti. Sauf Marc Simoncini, qui fait durer le suspense. Après avoir narré une histoire qui fait couler la larme de l’œil concernant une de ses expériences lorsqu'il était jeune entrepreneur, il refuse d’investir, tout en lui conseillant de ne pas vendre son âme aux grands laboratoires pharmaceutiques. Mais qui le fera à leur place ?

Pourtant, les investisseurs ne manquent pas de complimenter cette entreprise qu’ils qualifient eux-mêmes « d’important » ou de « nécessaire »… mais aucun n’est capable d’investir, ou ne serait-ce que de faire une contre-proposition.

Le problème ici n'est pas tant que les investisseurs aient refusé de participer à ce projet, mais plutôt que cette séquence exprime parfaitement un comportement qui leur est propre: l'investissement doit se faire sur des projets qui rapportent de l'argent. Au-delà de ce refus, il est possible de dire que cette séquence est symptomatique d’un problème qui sera très handicapant pour notre planète, et à une plus petite échelle. Car en effet, la transition énergétique ne rapportera sûrement pas autant d’argent qu’un capitalisme dérégulé. Il est alors essentiel de se poser la question suivante : est-ce que les personnes (ou entreprises) qui ont les moyens sont capables d’investir les montants nécessaires pour relever le défi de la transition énergétique ?


   S’ils ne visualisent directement pas les bénéfices de leur investissement, il est essentiel de leur rappeler qu’ils ne pourront profiter de leur argent que dans un monde vivable. Cela nous ramène à une célèbre citation aux diverses origines : « Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra, trop tard, que l’argent ne se mange pas ».


   En espérant me tromper sur les ambitions et les priorités de nos investisseurs,


H.B

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