En pleine crise sanitaire, le précieux rôle des ONG/bénévoles dans les camps de réfugiés en Grèce.

En pleine crise sanitaire mondiale, les camps de réfugiés des îles grecques ne disparaissent pas pour autant. Les organisations non-gouvernementales, principale source d'informations sur ces lieux, rappellent qu'il est urgent d'agir, surtout dans le contexte actuel.

Photo tirée de l'AFP - Sakis Mitrolidis

« Le Covid-19 est un stress supplémentaire par rapport à tout ce que ces gens ont pu vivre chez eux ou pendant l’exode », affirme Stephan Oberreit, qui coordonne les opérations de Médecins Sans Frontière sur l’île grecque de Samos. Interrogé par le média indépendant Bastamag, il fait état d’une situation qui doit être améliorée très vite [1].

Carte tirée de l'AFP.

Situées au bord de la mer Egée, frontalières avec la Turquie, les îles grecques de Lesbos, Samos et Chios sont dans une situation critique. Ces camps de réfugiés et de migrants, situés aux portes de pays sous tension, comptent chaque jour des nouveaux venus. Surpeuplées et insalubres, ces îles nécessitent l’aide constante de plusieurs organisations non-gouvernementales et de l’Etat grec. L’île de Lesbos compte à elle seule plus de 20 000 habitants dans le camp de Moria, en attente d’une situation décente.


Dans ces îles peu investiguées par les médias, les ONG, organisations pour les migrants et bénévoles tentent de faire leur possible pour apporter leur aide tout en informant au mieux malgré les conditions. Il est intéressant de souligner que dans ce type de situation, les médias ne sont plus la source d’informations principale, car les ONG sont plus présentes sur le terrain et ont un rôle d’investigateur malgré eux. Leur information est d’ailleurs souvent plus pertinente puisqu’ils sont présents sur ces lieux pendant une longue période, tandis que les journalistes viennent le temps de leur investigation et partent aussitôt.


Face à la récente pandémie de coronavirus, ces îles ne sont pas en reste. Alors que le monde entier était en confinement général, l’Etat grec a décrété qu’un confinement strict était nécessaire dans ces camps, et a récemment décidé qu’il durerait plus longtemps que sur le continent grec, jusqu’au 21 mai. Une décision qui n’a pas plu à tout le monde, notamment aux ONG qui ne peuvent plus apporter leur aide aux migrants et réfugiés.

Malgré l’âge moyen de 30 ans des demandeurs d’asiles peuplant les camps, beaucoup de personnes de plus de 60 ans - facteur aggravant du coronavirus, rappelons-le -, habitent dans ces camps. Cela pourrait poser un problème majeur étant donné le manque de possibilité de distanciation.

« Si le gouvernement [grec] veut sérieusement éviter une transmission du Covid-19 aux migrants et demandeurs d’asile, il doit augmenter le nombre de tests, donner plus de tentes, installer plus de toilettes, des points d’eau, distribuer du savon… », s’est ainsi alarmée Belkis Willie, chercheuse pour l’organisation Human Rights Watch dans le journal Le Monde [2].


Par ailleurs, un premier cas de coronavirus a été décelé dans un des camps, semant la panique parmi le personnel soignant et humanitaire de l’île autant que pour les réfugiés eux-mêmes. Le secrétaire général des services d’asiles grecs s’était alors voulu rassurant sans toutefois y parvenir : les « 23 personnes testées positives ne présentaient aucun symptôme et se portent toutes bien ».

Des tensions palpables sans aide.


Le coronavirus entraîne cependant d’autres problèmes, dont le départ de beaucoup d’ONG présentes sur les îles à cause du confinement. Outre la morosité ambiante, c’est ainsi un climat de tension qui règne dans ces camps. Les personnes restent dedans trop longtemps selon le personnel humanitaire, sans nourriture et avec des conditions sanitaires catastrophique. Cela exacerbe ainsi une situation qui n’ira qu’en se dégradant sans aide supplémentaire. Michel (le prénom a été changé), habitant du camp de Moria sur l’île de Lesbos le déplore à France 24 [3]. « On est vraiment collés, les distances ne sont pas respectées, tout le monde marche ici sans masque. On m’a donné un seul masque, il y a trois semaines. Ça fait très peur, si aujourd’hui j’attrapais le coronavirus, je ne connais pas mon sort ». L’aide des bénévoles est donc plus que nécessaire.

Des incendies ont ainsi éclaté en pleine pandémie sur l’île de Samos déjà en tension, entraînant avec eux beaucoup de foyers. Près de 500 personnes se sont ainsi retrouvées sans foyers selon Stefan Cordes, coordinateur sur le terrain à Samos avec Médecins sans frontières, qui a confirmé le compte rendu des incidents à Al Jazeera. Un autre incendie avait également ravagé des installations du service d’asile dans le camp de Chios, dont des tentes et une cantine.

Sans surprise, le personnel soignant et humanitaire alarme donc sur le manque conséquent d’aide financière et humaine.

#Confinésetengagés

Dans ce climat difficile et en raison de la timidité de l’action étatique, les nombreuses organisations non gouvernementales constituent finalement des acteurs de premier plan dans ces zones oubliées. Peu évoquées par les médias traditionnels, les actions entreprises (aides matérielles, financières, distribution de vivre, etc) par ceux-ci sont vitales pour les habitants des camps sur les îles.

Avec le confinement, de nombreuses ONG ont dû quitter les camps mais ils ne cessent d’appeler aux dons et aux aides à envoyer. Par ailleurs, certaines organisations de migrants se sont formées grâce aux dons et fournitures pour essayer de pallier l’absence des ONG pendant la pandémie.

Malgré l’arrêt des fonds européens octroyés aux ONG sur fond d’incompréhension en 2017, ces organisations n'arrêtent pas d’aider les migrants de ces îles.

Sous la pression de nombreuses d'entre elles, des efforts ont été fournis par le gouvernement pour combler les manques que subissent les différents camps de migrants. Ce sont ainsi plusieurs évacuations qui ont été décidées pour alléger la surpopulation de ceux-ci. Notis Mitarakis, ministre grec de l’immigration, avait ainsi annoncé qu'environ 1500 des personnes les plus vulnérables vivant dans le camp de Moria seraient évacuées sur un navire vers le continent.

L'ONG Human Rights Watch avait également sommé Athènes de mettre fin à la détention estimée abusive de centaines de mineurs non-accompagnés en Grèce.

En France, les publications et messages de sollicitudes des ONG ne s’arrêtent pas et ont même été multipliés en cette période de pandémie, avec les exemples de UNICEF France ou encore Amnesty France.



Des bénévoles espagnols n’hésitent pas à faire part des aides à fournir aux îles à travers différentes publications :

« L'ONG WISH souhaite que Lesbos lève plus de 10 000 euros pour faire face au coronavirus dans le camp de réfugiés de Moria » National | Journal de la région de Puertollano.



« Voltespana à travers Barcelone et Madrid collabore afin d'envoyer 20 000 masques grâce aux dons des villes européennes. Tout le matériel est envoyé, via Volteuropa, à l'ONG Médecins sans Frontière, sur l'île de Lesbos. »


Sur l’île de Lesbos, un restaurant a même pour clients principaux des réfugiés et migrants, accueillis par les patrons Nikos and Katerina. Mais ce n’est pas la seule chose qu’ils proposent. Les bénévoles de cette association s’occupent également des mineurs non accompagnés ou de donner des leçons de musique. En résumé, offrir le plus de soutien possible. Ce couple fait partie des bénévoles présents sur l’île pour faire bénéficier d’aide humanitaire en tout genre aux migrants.

Malgré tout cela, la situation reste compliquée, le coronavirus est toujours présent et une action venant de l’Etat grec semble nécessaire. De plus, il est possible d'observer que la situation de ces camps où la forte proximité est inévitable n'a été que très peu traitée par les médias. Une question reste ainsi en suspens : jusqu’à quand les organisations non gouvernementales et les bénévoles pourront et devront subvenir à cette situation fragile ?


Article rédigé par Sarah Sedraoui.




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