Enquête. Les composts de l’écoquartier Danube à Strasbourg : le désir d’un monde solidaire.

Les composts se multiplient aux pieds des immeubles strasbourgeois avec plus de 200 sites de compostages partagés recensés dans la ville. L’éco-quartier Danube n’est pas en reste avec ces trois composts à disposition des habitants.


Lucio, membre de l'association Eden.

Un ballet se joue tous les mardis entre deux bâtiments de l’écoquartier Danube à Strasbourg. De 17h30 à 18h30, des personnes de tout âge et vêtues de manteaux d’hiver, s’avancent, un sot à la main, vers trois cubes en bois d’un mètre carré chacun. L’un d’eux est ouvert. Ils versent le contenu de leurs récipients à l’intérieur de ce dernier et repartent tranquillement vers la chaleur de leurs foyers. Certains s’y rendent une fois par semaine, d’autres jusqu’à trois fois. Ils sont tous utilisateurs des composts mis en place par l’association Ecoquartier Danube Energies Nouvelles (EDEN).


Le compost pour un nouvel Eden

Le but de l’association est d’amener le plus de monde possible à utiliser les composteurs. La mission se trouve en bonne voie car son président, Grégoire Klotz, prévoit d’en acheter deux nouveaux pour faire face à la demande croissante, « des personnes d’autres quartiers viennent mettre leurs déchets dans les bacs » raconte-t-il. Charlotte, étudiante de 23 ans en école de commerce, habite à l’Esplanade, à cinq minutes à pied de l’écoquartier. Elle vient jeter ses épluchures trois fois par semaines : « je suis végétarienne et j’ai un compost chez moi depuis que je suis enfant. En avoir un près de mon appartement à Strasbourg me permet de conserver mes habitudes » déclare la jeune femme.


Le compost est ouvert trois fois par semaine : le mardi de 17h30 à 18h30, le jeudi de 8 à 9h et le samedi de 11 h à 12h30. En semaine, Edithe, aide soignante de 61 ans et Myriam, réceptionniste de 43 ans sont responsables du composteur. Elles font partis des 15 membres de l’association EDEN.

Edithe Bresh prête à remuer l'engrais.

Pour les deux femmes, s’engager dans cette association était une évidence. Elles ont trouvé dans ce projet une manière de contribuer à la préservation de l’environnement tout en participant à l’animation et au développement d’une communauté locale. La principale motivation d’Edithe ce sont ses trois enfants, elle refuse de participer à la dégradation de la planète sur laquelle ils grandiront. Sa participation était donc pour elle le moyen d’agir pour la nature : « L’écologie est un état d’esprit. J’essaye de tendre vers le respect végétal, animal et relationnel. » affirme -t-elle les yeux pétillants.



« On ne peut pas changer le monde si on ne se change pas soi-même »

Les membres d’EDEN sont aussi persuadés que la protection de la planète passe par les liens sociaux et le développement des communautés locales. Ils multiplient les rencontres avec les acteurs du quartier en organisant des apéros entre voisins et des partenariats avec l’ehpad, et l’Arche ; un immeuble où vivent des personnes en situation de handicap mental. Myriam est une résidente de l’Arche : « Ouvrir le compost, c’est prendre ma part pour l’environnement et aider les autres ». En effet, l’engrais obtenu par les composteurs est utilisé pour les jardins et platebandes communes. Le surplus est distribué aux personnes qui alimentent les caissons. Les balcons et allées sont ainsi végétalisés toute l’année.

Les composts de l'éco-quartier.

L’autre préoccupation écologique en installant les bacs était la recherche d’une identité plus adaptée à un monde durable. « On ne peut pas changer le monde si on ne se change pas soi-même » affirme Lucio, sexagénaire et membre de l’association EDEN. Mettre ses épluchures au composteur signifie pour lui agir pour un monde plus vert. Laurent Roos, 42 ans, chanteur lyrique partage son avis. Sa volonté écoresponsable l’a conduit à habiter dans un immeuble de l’écoquartier en bois, où les murs sont en terre et l’isolation en paille : « L’écologie est présente dans mon quotidien avec le compostage, le tri mais aussi le lieu où j’habite » déclare cet utilisateur hebdomadaire du compost.


Rats, mouches, et moustiques

Une augmentation des moustiques en été et des mouches en résidences principales autour des composteurs sont une des conséquences des caissons. « Le plus embêtant demeure les rats qu’ils attirent. Avant, les caisses étaient accolées à mon immeuble. Les fouines montaient dans les étages. « On a dû les déplacer pour éviter qu’ils pénètrent dans les appartements », raconte Edithe. Une autre difficulté rencontrée par les membres de l’association est de devoir régulièrement effectuer un second tri des composteurs, de nombreux détritus non compostables sont jetés et ralentissent le processus. « Les gens sont mal informés sur ce qui peut y être mis », avoue Grégoire Klotz. Il a donc hâte que le confinement soit terminé pour pouvoir conseiller les gens sur leurs pratiques. La formation des communautés locales sur les bonnes pratiques du compostage est le futur enjeu dont l’association souhaite se saisir.


La recette d’un bon compost par Grégoire Klotz

Que ce soit un composteur en plastique ou en bois, les déchets végétaux et épluchures sont les bienvenus. Cependant, certains sont proscrits car ils se décomposent difficilement. Ainsi, on ne peut pas mettre des restes de viande, des laitages, des agrumes, de la peau d’orange et des coquilles d’œuf dans un compost. De plus, pour une meilleure fermentation, Grégoire Klotz préconise de couper en petits morceaux les aliments ou végétaux à composter. Pour les végétaux, qui produisent beaucoup d’humidité lors de leur décomposition, il est nécessaire d’ajouter certains éléments comme des boites d’œuf ou des feuilles mortes pour absorber l’eau. Il est également possible de la retirer manuellement à l’aide de pailles. L’écoquartier se fournit en paille chez un agriculteur de la région. Sa ferme est à quelques kilomètres de Strasbourg, à Hoerdt.


La solidarité qui émane de ces pratiques favorisant un monde plus durable semble être une des solutions pour relever une partie du défi environnemental qui nous attend au vingt-et-unième siècle. Cependant, les initiatives des citoyens ne peuvent pas être suffisantes si l'Etat et les différentes collectivités territoriales ne les soutiennent pas en fournissant un investissement conséquent... Ce qui semble être une des problématiques pour l'éco-quartier de Strasbourg, comme le signale le média Rue 89 Strasbourg [1].


Article rédigé par Cloe Vanoni