Entretien avec Camille, stagiaire dans un institut pour enfants polyhandicapés.

Cette fois, l’article que vous lirez ici ne critique aucun média, mais soulève plutôt un vent de positivité. Je suis parti à la rencontre de Camille qui, dans le cadre de ses études d’éducateur spécialisé, effectue un stage au sein d’un institut qui s’occupe d’enfants polyhandicapés. Dans cet entretien, ce jeune parisien partage son expérience parmi les enfants et sa vision de l’institut.


Peux-tu nous présenter brièvement l’institut dans lequel tu travailles ?


Bonjour. Je travaille dans l’institut médico pédagogique (IMP) - Les amis de Laurence - qui se situe au 73 avenue Denfert Rochereau dans le quatorzième arrondissement de Paris. C’est comme une école pour les enfants en situation de polyhandicap, qui accueille des personnes allant de trois à vingt ans. Il y a quatre catégories d’âge qui ont des activités spécifiques. Dans la même structure se trouve une MAS (Maison d’Accueil Spécialisée) où les enfants qui arrêtent d’être suivis dans l’IMP à partir de vingt ans peuvent continuer leur encadrement à l’âge adulte. Il y a certains enfants qui font IMP puis MAS. Moi je suis chargé d’un groupe appelé « Les petits loups », qui comporte des enfants de 8 à 12 ans et je suis référent de deux enfants qui sont les deux extrêmes du polyhandicap. Sur sept enfants, il y en a qu’un seul qui sait marcher (depuis un an et demi) et ils ont tous des facultés différentes. Les enfants polyhandicapés ont tous des particularités dans leur polyhandicap. Il n’existe pas un modèle d’enfant polyhandicapé, mais tous ont un gros problème d’autonomie.


En tant que stagiaire, quel-est ton rôle parmi eux ? Quelle-est pour toi une journée type ?


Moi ça fait déjà quelques semaines que je suis stagiaire au sein de l’Institut. J’ai une référente qui elle, est éducatrice spécialisée. Mon rôle est surtout d’accompagner les enfants dans les activités quotidiennes. Par exemple, la semaine dernière, j’ai distribué quelques collations. On doit les aider à manger. Il n’y en a presque aucun qui est capable de manger en morceaux. Ils mangent les même repas que nous mais soit en purée, soit mastiquée par le biais d’un masticateur. Il y en a quand même une qui arrive à manger seule. Il y a plein d’activités différentes… Moi j’étais beaucoup dans l’observation jusqu’à quelques jours. Sinon, je n’ai pas vraiment de journée type. Je travaille en 35h par semaine, donc mes horaires sont répartis différemment. Le mardi est spécial puisqu’il y a une réunion avec tout le personnel de l’Institut : on fait des synthèses, des bilans, s’il y a eu des progrès ou s’il y a des régressions chez les enfants, qu’on traite au cas par cas.


Peux-tu nous décrire le traitement particulier que reçoivent les enfants dont tu t’occupes ?


En fait, la plupart ont une relation à la gravité comparable avec celle des nouveau-nés. C’est-à-dire que quand tu les mets sur les fesses, ils tombent directement sur le dos. Du coup, ils ont des verticalisateurs qui sont faits sur mesure afin qu’ils puissent se tenir debout. Ils ne peuvent pas marcher avec mais ce moment est très important pour le bien-être de leurs corps. On ne les laisse pas plus d’une demi-heure dedans car c’est assez contraignant pour eux, mais c’est le temps nécessaire pour que ça ait un effet positif sur eux. Ils ont aussi des corsets faits sur mesure car tous les enfants ont une scoliose, sachant qu’ils n’arrivent pas à tenir leur corps correctement. Il y a énormément d’objets présents dans l’institut pour éveiller leur sens et les stimuler. Ils ont aussi des séances de kiné, d’ergothérapie pour stimuler leur corps et leurs muscles. Concernant la communication, des enseignants leur apprennent le Makaton, qui est un langage des signes simplifié grâce auquel ils peuvent exprimer certaines choses.


Combien y-a-t-il d’enfants dans ton institut ? Estimes-tu que tous les moyens sont mis à votre disposition pour toi et tes collègues ?


Personnellement, sur mon groupe, il y a assez de personnes. Même si je ne suis qu’un simple stagiaire, je n’ai jamais ressenti ou remarqué une sensation de « débordement » chez le personnel. Après je n’ai pas assez d’expérience pour comparer. Il y a une trentaine d’enfants pour un peu plus d’adultes, sachant qu’il y a tout le personnel de ménage, la dame qui s’occupe de l’accueil, les chauffeurs qui vont chercher les enfants chez eux pour les amener à l’institut, les kinés etc. Tout ces gens créent une réelle relation avec les enfants qu’ils connaissent bien, et par extension avec la famille. Par exemple, les parents peuvent transmettre une information à l’établissement via le chauffeur, bien que chaque enfant ait un cahier sur lequel l’activité du lendemain qui lui sera consacrée, soit indiquée aux parents. Par ce cahier, les parents peuvent indiquer si l’enfant a mal dormi, s’il n’a pas mangé etc…

Cependant, même si je n’ai jamais ressenti de sensation de débordement, je sais qu’il y a environ le même nombre d’enfants (c’est-à-dire une trentaine) qui sont sur liste d’attente pour notre institut, faute de subventions. C’est-à-dire qu’une trentaine de familles en région parisienne attend de pouvoir placer leur enfant polyhandicapé dans cet institut spécialisé. Ça ne m’étonne pas vraiment, ce n’est pas une surprise que les enfants handicapés soient un peu « délaissés » dans la société.


Tu me disais l’autre jour que, plus tu passais du temps avec eux, plus tu te rendais compte qu’ils étaient des personnes comme toi et moi. Penses-tu que la société, puisqu’on vient de l’évoquer, a tendance à les déshumaniser ?


C’est sûr que ces enfants, si tu les croises dans le bus, tu peux avoir un regard particulier. Ils évoquent souvent de la pitié. Personnellement, avant que je fasse le stage, je voyais les personnes en situation de handicap avec une certaine distance. On a toujours peur de la différence, de ce qu’on ne connait pas. Ces enfants peuvent même évoquer du dégoût chez certaines personnes car ils peuvent parfois baver ou avoir des postures anormales. Alors pour répondre à ta question, je dirais que oui, les gens ont tendance à les déshumaniser totalement. Et c’est là que mon expérience est très enrichissante, car dans ma journée, il n’y a pas un moment où je m’apitoie sur le sort d’un enfant. Au contraire, j’ai souvent le sourire. C’est un métier qui apporte beaucoup de bonheur, car même si les enfants ne verbalisent pas, le langage corporel communique énormément et on ressent lorsqu’ils sont heureux. Leur joie est particulièrement communicative. Et c’est sûr que je vois le handicap d’une manière différente depuis que je suis au quotidien avec eux.


Dans un reportage datant du 28 janvier 2016 par le média LaTéléLibre, une maman qui a placé son enfant dans l’Institut dit qu’elle s’imaginait un lieu glauque avant d’entrer dedans. Comment expliques-tu cette vision des instituts qui s’occupent d’enfants polyhandicapés ?


Il est certain que lorsqu’on parle à des parents « d’instituts médico-pédagogiques pour enfants polyhandicapés », ils s’imaginent des endroits où leurs enfants seraient isolés, pas forcément traités au cas par cas… Tout cela vient du fait qu’ils sont mal informés sur ces instituts. La maman que t’évoques justement explique que lorsqu’elle est arrivée dans le centre où je travaille, elle s’est tout de suite sentie rassurée par le lieu et a compris que son enfant n’était pas le seul dans cette situation. Elle disait aussi qu’elle voyait ce type d’institut comme un lieu avec des salles d’isolement, où les enfants seraient seuls etc… Cela exprime bien que ces parents ne sont pas bien informés, alors que le lieu est exactement pareil qu’une crèche ou bien qu’une école “normale”. Il y a une grande salle de vie dans laquelle on organise la plupart des activités et où ils mangent. Il existe aussi des activités extra-scolaires. On les amène au parc, je sais qu’il y a une année où ils sont partis à la mer. Et au sein de la structure de l’institut, il y a une balnéothérapie, c’est-à-dire une piscine chauffée et spécialisée où il y a différents courants, différentes lumières afin de les stimuler au maximum. L’institut dans lequel je travaille détient même des poules ! - et deux poneys sur lesquels on les fait monter pour des ballades occasionnelles. Donc l’établissement est à la fois normal et adapté aux enfants qu’il reçoit.


Hugo Buton - Camille Wat.



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