Entretien avec Louna Pierron, directrice générale de l’Organisation Internationale de la Jeunesse.

A la suite de l’article « Précarité menstruelle, une urgence de santé publique » [1], publié le 31 juillet dernier sur notre site, nous avons organisé avec l’Organisation Internationale de la Jeunesse (OIJ) une rencontre pour parler de leur organisation et de leurs projets. J’ai donc rencontré Louna Pierron, directrice générale de l’OIJ, dans un café parisien le 24 septembre.


L’objectif principal de l’entretien était de présenter cette organisation lycéenne qui œuvre pour la mise en place de projets variés, touchant aussi bien aux problématiques de santé publique, d’égalité, de solidarité, et d’écologie.

C’est un projet en particulier qui a donné lieu à cette rencontre : la mise en place dans plusieurs lycées, et bientôt collèges, de distributeurs de protections hygiéniques gratuites. Cette discussion m’a permis ensuite d’en apprendre plus sur l’organisation et ses membres.


Un projet lycéen pour lutter contre la précarité menstruelle

« Je me suis souvenue du collège, quand mes copines me demandaient, en chuchotant, de leur prêter un tampon… ». Ce sont en premier lieu les membres de l’OIJ, et leurs expériences personnelles, qui sont à l’origine des projets mis en place par l’organisation. C’est fort de son expérience de jeune femme ayant connu le tabou des règles à l’école que Louna, sur propositions d’autres membres, a ainsi décidé de proposer un projet de distributeurs de protections hygiénique. Et pour rester totalement en accord avec cette expérience, le premier distributeur, dont l’inauguration a été reporté à cause du confinement, a été mis en place dans son ancien lycée, à Lunel, dans la région Occitanie.

Le projet a débuté par une proposition, puis par un rendez-vous avec la secrétaire d’Etat à l’égalité hommes/femmes. C’est ensuite auprès de sa région que Louna est allée demander des financements. Elle affirme n’avoir rencontré « aucun stop, même de la part des générations plus vieilles au sein du lycée ».

L’objectif propre à l’OIJ, m’explique encore Louna, tiens dans la rédaction d’un livret à destination des jeunes qui souhaitent mettre ce projet en place dans leur propre lycée : « on leur donne des pistes de financements. Par exemple, le conseil d’administration de la vie lycéenne peut lancer des appels à projet. »


Le choix de l’entreprise pour fournir le distributeur et le type de protection proposé a lui aussi été déterminant : « c’est uniquement du coton bio. Pour moi, il était hors de question de faire ce type de projet avec des serviettes nana. Forcément ça coûte un peu plus cher, mais ça s’inscrit mieux dans la dynamique du projet ».

Grace à la collaboration avec la marque « changeons les règles », ce distributeur, espère Louna, pourra être investi directement par les lycées et les prochaines générations d’étudiants : « dans mon lycée, on a fait une première commande de 1200€, distributeur compris, ensuite ça dépendra de l’organisation du lycée. Pour le moment, on a déjà beaucoup de boîtes et de recharges ».


Grâce à son engagement au sein de la vie lycéenne qui lui ont permis de rencontrer, entre autres, la présidente de la région Occitanie très intéressée par le projet, Louna se dit « très fière » à la perspective d’être « à l’origine de la mise en place de distributeurs dans toute [sa] région ». Le projet s’accompagne encore d’un volet sensibilisation, afin que les menstruations ne soient plus un tabou.

Sur cet aspect, apparaissent déjà les premières difficultés de l’organisation lycéenne : « le but est de sensibiliser les délégués qui pourront ensuite faire un retour dans leur classe. On ne peut pas organiser de conférences sur tout un lycée. On aurait besoin de deux ou trois jours pour sensibiliser 1600 élèves, sans compter les intervenants qu’il faudrait rémunérer… Pour pallier à ces difficultés, on a décidé de mettre en place des affiches pour que tous les élèves soient tenus au courant du dispositif ».

En effet, l’OIJ reste une organisation lycéenne qui ne peut, à elle seule, palier aux carences sur l’éducation sexuelle. Elle reste une organisation d’étudiants et lycéens qui mènent déjà de nombreux projets, et dont le mot d’ordre est d’encourager le plus de jeunes à faire l’expérience d’un engagement citoyen.


Une organisation lycéenne d’éducation au civisme politiquement neutre

L’entretien avec Louna a surtout été l’occasion de parler de l’OIJ, de sa naissance, de son organisation, de ses projets, et des difficultés rencontrés par ses membres.

Pour le moment, à l’image de ses membres les plus actifs, le public de l’OIJ étudie encore principalement au lycée, voire au collège. Mais Louna affiche une volonté de s’étendre aux étudiants de l’enseignement supérieur. Elle-même vient d’intégrer l’université Paris 1 tout en poursuivant son engagement auprès de l’organisation.

Sur la naissance de l’organisation, Louna m’explique, à demi-mots, qu’elle est issue d’un ancien syndicat, le syndicat général des lycéens (SGL), crée en 2009. L’OIJ est donc née officiellement en 2019, d’un constat du président du SGL de l’échec croissant du syndicalisme auprès des lycéens : « je comprends que les lycéens soient peu attirés par le syndicalisme ». C’est justement à ces jeunes précisément que veut s’adresser l’OIJ : « ce qu’on veut, c’est offrir la possibilité aux jeunes qui veulent s’engager, de pouvoir le faire sans connotation politique ».


A l’OIJ, chaque membre peut être à l’initiative de projets qui lui tiennent à cœur, en s’adressant aux différents secrétariats nationaux : « on a plusieurs thématiques, qui évoluent en fonction de ce qu’on nous demande. Si les jeunes veulent s’investir dans l’écologie, on a un secrétariat national à l’écologie. On aussi un secrétariat national à l’égalité hommes/femmes, LGBTQ+, un pôle à l’égalité, à la solidarité, à la santé, etc. ».

L’objectif est de s’adresser à tous les lycéens et étudiants, entre 15 et 25 ans, quelque soit leur origine ou nationalité. L’OIJ a un objectif précis et assumé d’éducation au civisme : « ce qu’on veut, même pour le temps d’une action ou d’une marche verte, c’est que chaque jeune puisse faire l’expérience d’un projet, apprendre l’engagement, apprendre ce que c’est donner de son temps pour une cause ou pour aider une autre personne ».

Dans ce cadre, l’OIJ participe aux semaines de l’engagement afin de toucher un public lycéen qui reste parfois éloigné des sphères militantes. Malgré leur volonté d’atteindre le plus d’élèves possibles, Louna a bien conscience de l’entre-soi qui peut exister au sein de ces évènements : « on a des réseaux sociaux qui marchent vraiment bien, qui nous permettent de faire des rencontres. Mais malheureusement les rencontres se font souvent entre les personnes déjà engagées. L’objectif est de récupérer les jeunes qui veulent s’engager. Il y en a qui ont été dégoûté de l’engagement à cause de certaines organisations. »

Sur ce dernier point, Louna m’explique qu’un certain nombre d’organisations politiques présentes au Conseil national de la vie lycéenne (CVNL) sont connotées politiquement, même si, officiellement, elles doivent être neutre : « certaines revendiquent leur appartenance, d’autres ne l’assument pas parce que ça peut moins donner envie à certains de s’engager ».


Je constate chez Louna et dans l’organisation qu’elle représente, une réelle volonté de neutralité auprès des lycéens. L’organisation souhaite rompre avec toute référence à une couleur politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, qui semble de moins en moins parler aux nouvelles générations.

L’organisation est ainsi frileuse quant à la liberté de ses membres à afficher une couleur politique sur les réseaux sociaux : « chez nous il y a vraiment de tout : de la droite, de la gauche, du communisme. De tout. Par exemple, l’un des membres retweetait souvent des posts du PS, et on a dû lui dire d’arrêter. Ils font ce qu’ils veulent mais on ne veut pas que l’OIJ soit apparentée à la gauche, ou au PS. On lutte vraiment contre ça. »


Des missions à l'international

Dans un premier temps, l’OIJ œuvre pour accompagner les lycéens dans la mise en place de leurs projets : « nous on fait surtout de l’accompagnement pour les lycéens, les étudiants, ou les collégiens, pour mettre en place des projets. Ça passe par des informations, ou des ressources humaines. Par exemple, on peut se rencontrer, s’appeler, envoyer un membre dans un lycée pour faire de la sensibilisation. » Les membres les plus engagés mènent également leurs propres actions, principalement à l’international : « On a des implantations en Belgique, en Irlande, au Maroc, aux USA. Et notre spécificité c’est l’humanitaire, à l’international. On a beaucoup de demandes qui viennent des pays africains mais c’est parfois difficile avec le manque de visibilité qu’on a sur les projets financés. »

Récemment, Louna est partie au Maroc pour distribuer des fournitures scolaires et extrascolaires pour des enfants défavorisés de Khémisset.

L’organisation sera également présente au forum international de la jeunesse, également reporté, et Louna a participé en visioconférence au sommet mondial de la paix.

Enfin, toujours à l’international, Louna a pour projet de participer à la construction d’une médiathèque en Indonésie.


L’OIJ n’est pas seulement présente à l’international, et les membres s’associent beaucoup à d’autres organisations dans le but de monter des projets communs. Récemment, plusieurs associations de jeunes ont travaillé ensemble sur l’écriture du « rapport sur l’engagement associatif » à l’origine d’une proposition de loi actuellement en deuxième lecture au Sénat.


Entretien et article réalisés par Capucine Castro



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