La Slovaquie dit non au populisme.

Un vent d’espoir souffle depuis l’Est sur les partis traditionnels européens. En Slovaquie, le 30 mars dernier, Zuzana Čaputovà, candidate du parti social-libéral, est devenue la première femme Présidente de la République.

Cette ancienne avocate de 45 ans est élue sur les thèmes de l’anti-corruption, de la lutte écologique et du droit des personnes LGBT. Cela intervient un an après l’assassinat du journaliste Jan Kuciak et de sa fiancée qui enquêtaient tous deux sur les liens de corruption au sein du pouvoir exécutif. Un événement qui a marqué une rupture entre l’opinion publique et sa classe politique. Depuis, les rues de Bratislava et des autres grandes villes du pays étaient souvent le théâtre de manifestations. Zuzana Čaputovà, inconnue du grand publique, s’était muée en leader de la lutte anti-corruption. Ce pays de 5,4 millions d’habitants a refusé de prendre une nouvelle fois exemple sur ses voisins hongrois et autrichiens. Gouvernée depuis 2016 par les sociaux démocrates aux pratiques douteuses, la Slovaquie a fait entendre sa volonté de changement assez fermement (58,4% des voix pour la candidate libérale au seconde tour). Un franc succès obtenu grâce au vote des grandes villes. Une nouvelle fois, lors d’une élection, et cela peu importe le pays, on a observé un clivage important entre l’électorat urbain et rural. Inquiétant.

Les partis populistes commencent-ils à fatiguer ?

Au rythme de batailles électorales remportées sur les thèmes de l’euroscepticisme et de la phobie migratoire, les partis populistes ont mis l’Europe à leurs pieds ces dernières années. En Hongrie, en Autriche, en Angleterre avec le vote du Brexit et plus récemment l’élection de Mateo Salvini ont posé des visages sur cette tendance. Pourtant, on constate aujourd’hui une recrudescence des partis traditionnels dans les pays qui ont cédé aux sirènes populistes. Bien que ces derniers occupent, en cumulant les listes, 20% des sièges au parlement européen, il semblerait que la tendance soit en train de s’inverser. D’après l’express.fr , un tiers des députés élus en 2014 font désormais campagne sous une étiquette “mainstream”. Dans des pays comme la Slovaquie ou encore la Pologne qui connaissent (ou ont connu) une gouvernance populiste, le temps est à la remise en question de ces idéaux. Assiste-t-on à une chute de ces courants en Europe centrale et orientale ?


Seules les élections européennes de mai prochain le diront. Tout comme les législatives polonaises de fin d’année. La Pologne est, au vu de son histoire fortement démocrate et européenne, le pays clef de cette région. Un virage anti-populiste dans ce pays confirmerait la tendance lancée par l’élection de Zuzana Čaputovà en Slovaquie.

La Slovaquie nous donne-t-elle une leçon ?

A travers nos médias, les pays d’Europe de l’Est sont souvent perçus sous un prisme trouble. Lorsqu’on évoque l’actualité de ces pays, chose rare, c’est pour y évoquer la corruption, la phobie migratoire des dirigeants ou encore le retard observé sur les questions de tolérance sociale (homophobie, égalité hommes-femmes...). Tout cela est en partie vrai. Mais si la France semble plus avancée sur certaines questions, force est de constater que nous n’avons encore jamais élu de femme à la tête de notre Etat. Les mouvements féministes slovaques ont pesé sur l’élection de Zuzana Čaputovà (présente sur la photo de couverture tirée du média The Slovak spectator), et cela pourtant sans cristalliser le débat autour de l’identité de la candidate. La France, bloquée dans un traditionalisme politique et une gêne farouche des questions d’égalité des sexes ne s’est jamais résolue à passer ce cap. Il apparaît aussi que chez nous, les scores cumulés des partis d’extrême gauche et d’extrême droite aux dernières élections présidentielles sont équivalent à ceux des partis populistes hongrois ou autrichien. Un constat qui devrait se répéter en mai prochain, lors des élections européennes.


Si l’Europe souhaite renouer avec une politique européenne progressiste, ne faudrait-il pas réellement considérer les événements semblables au 30 mars dernier ? En Slovaquie, on croit en l’Europe.


Peut être serait-il judicieux d’en parler davantage dans nos médias.


Leonard Attal

  • Facebook
  • Instagram
  • Twitter
  • LinkedIn - Black Circle
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now