L'innocence exploitée (1) : les prisonniers du cobalt en République Démocratique du Congo.

Depuis de nombreuses années, le travail des enfants dans les mines de cobalt en République démocratique du Congo (RDC) fait l'objet d'un semblant d'indignation de la «communauté internationale». Cependant, bien que plusieurs rapports rédigés par des associations de défense des Droits de l’Homme aient été déposés à l'encontre des entreprises qui alimentent ces méthodes, la situation ne semble pas s’améliorer ; au contraire, il se pourrait même qu’elle s’empire dans les années à venir.


En effet, en RDC, beaucoup d’exploitations d’une matière précieuse pour nos divers appareils électroniques, le cobalt, font l’objet d’accusations quant aux méthodes pratiquées, et notamment en ce qui concerne le travail d’enfants. Pour être plus précis, le cobalt est un composant essentiel de nos batteries lithium-ion, présentes dans ce que l’on utilise tous les jours : téléphones portables, ordinateurs ou encore dans nos voitures électriques. La RDC comprend environ 60% de la production mondiale de cobalt. Afin de se faire une idée, il faut savoir qu'en 2018, la RDC a produit 80 790 tonnes de cobalt alors que la Russie, deuxième producteur mondial, en a extrait seulement 5 900 tonnes. La majorité de l’exploitation est produite par des entreprises industrielles qui utilisent des méthodes normées, mais selon le Forum Economique Mondial, environ 1/5 de cette production provient de petites mines informelles non contrôlées. Et ce sont précisément dans ces mines que sont employés des enfants pouvant être âgés de cinq ans.

Photo tirée de JeuneAfrique

L’absence de surveillance officielle dans les petites mines artisanales provoquent les méthodes de travail honteuses que nous critiquons dans cet article. Les enfants, mais aussi des adultes, qui descendent dans ces mines sont exposés à tout type de danger : infections pulmonaires graves ou effondrements qui enterrent des enfants vivants. Et ce travail à risque est payé en moyenne deux dollars par jours. Il est possible de soulever ici un premier problème, concernant la gratuité théorique de l’école publique en RDC. Selon un article de France info datant du mois d’août dernier, l’école publique est gratuite, mais les parents doivent contribuer au salaire des enseignants et au matériel utilisé par l’enfant. Malgré un effort du gouvernement pour faire progresser le domaine de l’éducation (80,4% de scolarisation en 2013), beaucoup de parents sont encore obligés de retirer leurs enfants de l’école, faute de moyens. Cette déscolarisation est donc étroitement lié au travail des enfants dans les mines.


En 2015, Amnesty International dénonçait déjà dans un rapport ces méthodes de travail. En 2017, le rapport fût mis à jour afin de nommer coupables de grandes entreprises telles que Renault, Microsoft, BMW, Lenovo… Dans cette nouvelle version du rapport, Amnesty International s’indigne sur le fait que deux ans plus tard, la majorité de ces entreprises n’ont toujours pas effectué d’enquêtes sur leur chaîne d’approvisionnement. Cela soulève une nuance qu’il est nécessaire de préciser : les entreprises ne sont pas directement responsables, sachant que ce ne sont pas elles qui engagent les enfants. Cependant, à partir du moment où elles ne surveillent pas leur chaîne d’approvisionnement, et ne se renseignent pas sur la provenance de leurs produits, elles se rendent complices de ce crime. Il est honteux que des entreprises qui génèrent des centaines de milliards de dollars par ans, ne fassent pas le nécessaire afin de s'assurer qu'elles ne permettent pas d'encourager ce type de travail.

Dessin réalisé devant une boutique Apple.

Après la mise à jour de ce rapport, la situation ne semble toujours pas s’être arrangée. En effet, l’association de Défense des Droits de l’Homme International Rights Advocates a déposé une plainte le 15 décembre 2019 au nom de quatorze familles congolaises frappées par le drame que peut causer l’exploitation des enfants (certains sont morts, d'autres gravement blessés). Cette plainte nomme Apple, Alphabet, Dell, Microsoft et Tesla, et les accuse de ne pas vérifier leur chaîne d’approvisionnement. Certains médias comme Les Echos ou La Tribune Afrique traitent de cette plainte, mais ce sujet ne suscite pas l’indignation qu’il mériterait ; cette information ne fait aucun gros titres, alors qu’elle serait essentielle pour que nous donner le pouvoir d'agir. En effet, il est possible d’imaginer l’impact qu’auraient ces informations sur notre consommation, car il parait difficile d'acheter des produits de ces marques lorsqu'on a conscience de ce que leur production alimente. Il est essentiel de se dire que jamais nous ne tolérions de telles pratiques sur notre territoire, alors pourquoi les ignorer lorsqu'elles se déroulent un peu plus loin ?

Il est possible de prévoir que nous n’aurons aucune information concernant la suite de ces accusations, que les entreprises semblent mépriser. Les articles traitant le sujet soulèvent seulement la plainte déposée le 15 décembre 2019, en ignorant la pérennité de ces méthodes.

Malheureusement, la situation ne risque pas de s’améliorer. Le marché de la voiture électrique est actuellement en pleine expansion, grâce aux avantages environnementaux que le moteur électrique propose (avantages qui restent à nuancer). En effet, selon l’ACEA (l’Association des Constructeurs Européens d’Automobile), l’année 2019 a enregistré 360 000 voitures immatriculées, soit une hausse de 80% par rapport à l’année précédente. Quant à nos ordinateurs portables et nos téléphones, il n’est même pas nécessaire de préciser l’état de leur marché, tant que ces objets semblent de plus en plus constituer la clef de voûte de notre existence, aussi bien professionnelle que sociale. Ces deux constats sont inquiétants, puisqu'il s'agit du devenir des enfants qui travaillent dans ces conditions. Il est alors essentiel que la RDC poursuive de manière acharnée la scolarisation de ses enfants, principale arme contre le fléau des jeunes travailleurs.


En espérant que les entreprises visées prennent les mesures nécessaires pour limiter la catastrophe sociale dont ils sont responsables. Une chose est sûre, c'est qu'ils en ont les moyens.


H.B

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