La naissance de MeToo en Égypte.

À la fin du mois de juin, dans une publication maintenant supprimée, une jeune femme publia sur Facebook des photos ainsi qu’un commentaire, avertissant ses camarades de l’Université Américaine du Caire (AUC) qu’un jeune homme de 22 ans du nom d’Ahmed Bassam Zaki, la harcèle depuis 5 ans. Ce qui semblait être une simple publication Facebook dénonçant un harcèlement sexuel parmi tant d’autres, déclencha une révolution féminine et la naissance du mouvement MeToo en Égypte.

Le Fairmont Nile City Hotel au Caire.

A la suite du post Facebook, 50 autres étudiantes ont commenté qu’elles aussi étaient victimes de harcèlement de manière quotidienne de la part de ce jeune homme. Peut-être influencées par les menaces répétées de suicide de l’accusé, l’AUC décida de négliger les accusations et de « faire taire » l’affaire. Bassam Zaki s’est ensuite rendu en Espagne pour poursuivre ses études. Malgré les nombreuses accusations, Bassam Zaki sembla une nouvelle fois échapper à celles-ci en changeant d’école, de pays, ou en menaçant de se suicider pour se rapprocher de ses victimes et créer avec elles un lien étroit de confiance.


Néanmoins, en juillet 2020, ces accusations resurgissent : un compte Instagram d’abord anonyme est créé sous le nom de @assaultpolice pour recueillir des informations et des témoignages anonymes pour la plupart contre Ahmed Bassam Zaki mais également contre d’autres personnes considérées comme des prédateurs sexuels.

Certaines y partagent même des captures d’écran de conversations montrant des menaces, du chantage, et une humiliation de la part de l’accusé.


C’est le début de ce qu’on appellera l’affaire ABZ qui deviendra une affaire judiciaire. Une affaire énormément médiatisée au niveau national, qui introduit au débat public un sujet qui auparavant était considéré comme tabou, et une prise de conscience de la part de la société par rapport à l’existence d’un problème qui devait être résolu : les violences envers les femmes.

Au total, 10 femmes ont témoigné contre Bassam Zaki pour viol, agressions sexuelles, chantage, toutes soutenues par l’équipe d’Assault Police qui leur assura l’anonymat.


Le 7 juillet, après 4 jours d’investigation, le procureur général émit un mandat d’arrestation contre Ahmed Bassam Zaki, pour avoir commis des agressions sexuelles dont une sur une mineure à l’époque âgée de 13 ans, du chantage et des menaces envers les femmes refusant d'avoir des rapports avec lui. A cela s’ajoute, la possession de drogue notamment de cannabis et la violation de la vie privée d’autrui. Il confesse avoir menacé 6 femmes dont une mineure.

Ahmed Bassam Zaki est actuellement détenu dans une prison en attente de son procès au pénal et risque la prison à perpétuité.


Peu de temps après, une autre affaire moins connue du public émerge. C’est l’affaire Fairmont qui est publiée sur le compte d’Assault Police. D’après leur publication datant du 26 juillet, durant cette décennie, un groupe d’hommes aurait violé plusieurs femmes et aurait filmé 3 de ces viols [1].

La publication faisait notamment appel à ceux qui avaient obtenu la vidéo afin de pouvoir l’utiliser contre les accusés. Ce n’était qu’une question de temps avant que l’affaire ne soit dévoilée.


L’histoire remonte à 2014. Lors d’une soirée à l’hôtel de luxe le Fairmont, une jeune femme fût droguée avec du GHB et fût violée lors de son inconscience. Le hashtag #FairmontIncidentest a ensuite été créé par l’activiste féministe Sabah Khodir, et a eu pour effet une propagation de cette affaire dans la société égyptienne.

Le problème est cependant que les accusés sont les fils de riches hommes d'affaires égyptiens très importants et très puissants que ce soit en Égypte ou dans la région. Ils ont commencé à menacer l’administrateur du compte Assault Police qui jusqu’alors était resté anonyme. Le 28 juillet au soir, Assault Police désactiva leur compte pendant quelques jours pour laisser la place à d’autres comptes Instagram qui se battront eux aussi pour aider ces femmes qui ont été victimes de ces crimes atroces.


Le 20 août, après la réactivation soudaine du compte Instagram, les Egyptiens ont pu découvrir Nadeen Ashraf, une jeune étudiante de philosophie à l’Université Américaine du Caire âgée de 22 ans, qui était le visage derrière @assaultpolice, et à l’origine du mouvement #MeToo en Égypte.


Le 24 août, le procureur général annonça un mandat d’arrestation aux accusés de l’affaire Fairmont : actuellement 5 des accusés ont été arrêtés en Égypte et au Liban où certains avaient essayé de s’enfuir. Deux personnes sont toujours recherchées.


Ce phénomène qui semblait uniquement toucher « les classes populaires » gangrène dans toutes les classes sociales. En effet, on entendait parler d’affaires de violences sexuelles surtout concernant les classes populaires. Ce fût donc la première fois que l’élite égyptienne était concernée au sein de son cercle restreint.


Cette libération de la parole fut fondamentale pour les femmes égyptiennes, leur permettant de se libérer et de parler d’autres sujets tels que les violences sexuelles envers les enfants ou les fausses idées sur la sexualité à travers d’autres plateformes et d’autres comptes Instagram traitant de la sexualité en général. A la suite de l’affaire ABZ, une victoire féminine eût lieu : le gouvernement égyptien décida de faire adopter une loi protégeant l’identité des femmes quand elles dénoncent un crime sexuel.

Dernièrement des célébrités ont commencé à prendre la parole en accusant par exemple le chanteur marocain Saad Lamjarred de viol, les dernières datant de mi-octobre.


Le 29 décembre en attente de son procés pour viol, la Cour économique du Caire a condamné Ahmed Bassam Zaki à trois ans de prison, selon les médias locaux. Le tribunal a également transféré la poursuite civile contre le jeune homme aux autorités compétentes pour arbitrage dans les accusations d’utilisation abusive des réseaux sociaux, selon le journal égyptien Al Masry Al Youm. Une libération de la voix féminine qui se popularise et qui est de plus en plus écoutée voit donc le jour en Egypte.


Article rédigé par Nadine Abdel-Hamid