La permaculture : une solution durable pour une partie des maux de la société ?

L’arrivée de la Covid-19 et le confinement qui s’en est suivi nous ont obligé à revoir considérablement nos modes de vie. L’isolement a offert un temps de réflexion, et a fait fleurir des mini-potagers sur Instagram. Alors que de nombreux citadins pensent, voire préparent un exode, et que notre façon de consommer est de plus en plus remise en question, qu’en est-il de notre manière de cultiver ? Alors que tout le monde a conscience que la culture agricole actuelle est une catastrophe écologique, elle apparaît pourtant toujours comme la seule manière d’être rentable. 



Au-delà de l'aspect utopique de vouloir changer totalement nos sociétés, maintes fois évoqué dans le monde des médias, ou bien en société, quelles solutions pourraient changer activement les choses tout en offrant un rendement de qualité et écologique ? 


Le confinement a fait ressurgir un élan de proximité et l’aspect social de voisinage qui semblait avoir disparu dans les grandes villes de France, voire du monde entier. Comme si, soudainement, nous découvrions enfin nos voisins. Cette mitoyenneté accompagne un sursaut qui tend à consommer français. Pour une des premières fois, même les fervents défenseurs de la mondialisation semblaient remettre en cause un système qui nous pousse à nous tourner constamment vers les autres pays, parfois situés à l’autre bout du monde, que cela concerne le simple achat d’un abricot ou des masques qui nous sont indispensables aujourd’hui. Force est de ne pas tomber dans un excès nationaliste qui voudrait un repli total de la population et l’abandon des produits étrangers qui sont primordiaux au bon fonctionnement de notre société.


Si l’on devait apprendre quelque chose de cette crise, diktat qui semble obligatoire depuis le début du confinement, ce serait que la population est partagée entre ceux qui voudraient reprendre une vie “normale” et ceux qui défendent le besoin de changer. L’agriculture offre une opportunité de revoir notre rapport au monde extérieur et hypothétiquement d’apprendre à consommer mieux et plus intelligemment, quitte à devoir abandonner les avocados toast, véritables stars des storys Instagram. 

Le philosophe Mark Alizart, invité sur RTBF au mois de mai dernier, lançait un appel sur l’urgence climatique en insistant sur l’importance de ne pas “refaire le monde de demain avec ceux qui ont raté le monde d’hier” (1). Force est de constater que cette crise a altéré nos modes de vie et continuera de le faire dans le futur, sur le plan économique notamment, qui a été une des préoccupations majeures des plateaux télévisés pendant le confinement, qui se posaient mille et une questions sur la crise économique à venir.


De nombreuses méthodes alternatives sont présentées, nous culpabilisant quant à notre empreinte carbone si on ne les applique pas, sans proposer ou imposer de réelles solutions individuelles. Certaines de ces méthodes sont cependant moins médiatisées ou très peu développées, comme la permaculture. Un terme souvent utilisé mais peu compris, qui désigne une technique suscitant l’illusion d’être réservée à une élite, au motif d’être trop coûteuse et donc difficile d’accès à une grande majorité. 

Alors en quoi consiste-t-elle ? 


Revenons un peu en arrière. La permaculture, telle qu’on la pratique aujourd’hui, vient d’Australie et a été créée dans les années 1970 par Bill Molisson et David Holmgren. Le terme vient de l'anglais permanent agriculture, qui signifie « agriculture permanente ». Elle consiste à travailler en symbiose avec la nature, de comprendre le fonctionnement des écosystèmes, et d'en tirer les avantages afin d'éviter l’accumulation de produits inutiles qui sont nocifs, autant pour notre santé que pour les terres agricoles. Elle permet aussi de comprendre le fonctionnement des écosystèmes et de travailler avec eux, car chaque espèce joue un rôle indéniable dans l’organisation des terres. Là où l’agriculture contemporaine, soucieuse du temps, utilise des pesticides et herbicides, la permaculture utilise les mauvaises plantes aussi appelé « adventices » et laisse vivre les auxiliaires du jardin telle que la coccinelle ou les vers de terre, qui s’avèrent être d'une aide précieuse. En les laissant agir, la régulation naturelle opère de manière plus rapide et permet à la terre d’être plus rentable. Dans la permaculture, l’homme est réduit à un rôle minime, l'essentiel reposant sur la résilience afin d’être le plus autonome possible. 


Une solution sociale ?


Au-delà d’être une alternative écologique, la permaculture repose sur une philosophie d’équité lorsqu’il s’agit de la redistribution des produits. Elle crée donc une interaction humaine, dont le confinement nous a rappelé l’importance. Certaines permacultures s’inspirent de l’AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), un système de distribution de plus en plus à la mode, qui permet de fixer le prix d’un panier afin d’être rentable à la fois pour le maraîcher et pour le consommateur. Les paniers sont composés de ce qui se trouve dans les champs afin d’écouler les stocks et d'éviter tout gaspillage ; gaspillage qui, selon un rapport de la FAO (l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), représenterait 30% des pertes alimentaires (2). L’aspect esthétique qui régit nos supermarchés n’est évidemment pas pris en compte, et les récoltes qui peuvent être considérées comme étant laides sont revendues dans leur intégralité. 


Nombreux sont ceux qui se sont découverts une passion pour le jardinage durant cette période de confinement. Les réseaux sociaux ont mis en évidence l’apparition de nombreux potagers et de balcons fleuris, parce que cette épidémie nous aura offert une suspension du temps, que celle-ci soit insupportable ou accueillie avec joie. Le jardinage est apparu pour certains comme une méditation, ainsi que la satisfaction de voir un accomplissement émerger uniquement grâce à un travail personnel. Une étude de l'université de Princeton avance même que le jardinage à domicile pourrait être la future réponse aux maux de notre société (3).

Employés dans une serre, à la ferme de Marlotte.

Cependant il est évident que le remplacement intégral de notre mode d’agriculture actuel par des moyens plus responsables comme la permaculture est impossible à grande échelle. Mais la possibilité de voir se développer dans des métropoles ou dans des campagnes françaises différents potagers, sur le modèle par exemple de permaculture, permettrait de nourrir les populations voisines afin de créer un lien social ainsi qu’un acte concret quant à l’urgence environnemental. Il serait possible d’envisager cela comme un terrain participatif, afin d’allier éducation et environnement. 


Le récent reconfinement et la prévision d'un nouveau après les fêtes nous rappelle que la Covid-19 s’installe dans nos sociétés pour une durée indéfinie. Nous sommes face à une crise qui nous force à trouver de nouvelles solutions. Il est donc urgent d'innover, et même si la permaculture apparaît comme une solution très locale, il est possible de s’inspirer de sa durabilité pour l’appliquer à une plus grande échelle.


Article rédigé par Olympia Vilgrain

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