La pollution plastique : un problème insoluble ?

« Nous vivons à une époque où nous touchons plus souvent du plastique que nous ne touchons ceux que nous aimons. » indique à juste titre l’Atlas du plastique 2020 publié par la fondation Heinrich-Bôll et le mouvement Break Free From Plastic.


©aryfahmed – stock.adobe.com

De la surface des mers jusqu'aux abysses des océans, du sommet des montagnes à l'eau du robinet ou en bouteille, dans notre organisme ou ceux des animaux... Le plastique est désormais partout dans l'environnement, sous forme de déchets ou de fragments appelés microplastiques. En raison de leur lente décomposition (plusieurs siècles selon les polymères qui les composent), ces matières plastiques sont aujourd'hui l’un des symboles les plus frappants de l'impact de l'homme sur la nature.

Véritable fléau pour l’environnement, ces matières poussent les chercheurs à innover pour trouver des alternatives à leurs utilisations : écoconception ; matières d'origine naturelle et biodégradables, autant de domaines à explorer, tous prometteurs, mais dont la réalisation nécessite encore quelques ajustements. Si nombre de gouvernements prennent progressivement des mesures visant à limiter ou interdire l’usage de produits plastiques (par exemple, en France, la loi sur la transition énergétique et la croissance verte du 17 août 2015), les effets n’ont pas d’impact probant sur les courbes de l’utilisation du plastique, parfois en raison de leur caractère récent. « Même lorsqu’elles sont mises en œuvre de manière efficace, de telles interdictions ne suffisent pas », affirme l’ONU dans son rapport « L’état des plastiques » de 2018. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que des résultats se montrent pour se décider à agir autrement.


Les problématiques qu’entraînent nos modes de consommation et cette utilisation croissante du plastique sont connues de tous. Pourtant, sa production et sa consommation ne semblent ni faiblir ni même stagner. La preuve en quelques chiffres :

  • 10 tonnes de plastique sont produites par seconde dans le monde [1] soit l’équivalent de 7 voitures par seconde. Le plastique est d’ailleurs devenu le matériau le plus fabriqué derrière le ciment et l’acier.

  • 9,2 milliards de tonnes de plastique accumulées depuis 1950, soit plus d’une tonne par habitant [2]

  • 9% seulement des plastiques produits depuis 1945 ont été recyclés (12 % ont été incinérés et les 79 % restant se sont retrouvés dans des décharges ou dans l’environnement depuis les années 1950, selon le rapport de l'ONU).

  • 1,6 million de kilomètres carré, le tristement célèbre « septième continent », qui avait déjà fait l'objet d'une illustration sur notre site au mois de juin dernier [3].

Sans oublier le drame animalier qui se joue : 1 000 000 d'oiseaux marins et 135 000 mammifères marins meurent à cause de nos déchets plastiques. Et cela chaque année !

La liste est encore longue et les médias se font souvent l’écho de ce constat alarmant. Quid du recyclage ? La plupart des Français pensent légitimement agir pour l’environnement et trient leurs déchets à domicile sans connaître pour autant l’efficacité de cette démarche. Le recyclage du plastique est, en effet, loin d’être aussi facile et systématique que ce que l’on pense… Trop peu de plastique est collecté ; le recyclage ne produit pas un rendement de 100 % et la diversité de leur composition complique le processus. Et s’ils finissent par être recyclés, ils le sont trop souvent sous forme d’objets non recyclables. Jeter son plastique dans la poubelle correspondante pour lui donner une seconde vie tient plus du mythe que de la réalité [4].

Nous avons aujourd’hui pleinement conscience de l’ampleur de la situation mais les actions entreprises pour endiguer le problème semblent minimes et l’évolution bien lente… N’aurions-nous simplement pas la solution, ou bien serait-elle trop compliquée à mettre en place ?


Modifier nos comportements au quotidien

Tout d’abord, quelles sont les bonnes habitudes que chacun d’entre nous pourrait appliquer au quotidien pour limiter l’utilisation du plastique ?

  • Ne plus acheter certains objets en plastique à usage unique dont on peut se passer (pailles, vaisselle jetable, rasoirs jetables…) ;

  • Ne plus utiliser de sacs en plastique à usage unique ; prendre un sac réutilisable, en tissu par exemple ;

  • Acheter des produits en vrac, sans emballage, en apportant si cela est possible ses propres contenants ;

  • Conserver les aliments dans des bocaux en verre ;

  • Remplacer les bouteilles en plastique par une gourde ;

  • Préférer les meubles en bois et les boîtes de rangement en carton.

  • Acheter les objets du quotidien dans des matières plus écologiques : brosse à dent en bambou ou en bois ; ustensiles de cuisine et de nettoyage ; appareils électroménagers.

Chaque jour voit apparaître de nouvelles alternatives. Cela peut paraître un peu contraignant d’additionner autant de changements dans nos habitudes, d’autant plus que certains, notamment les plus jeunes, disposent de ressources limitées (les produits plastiques coûtent moins cher et se trouvent plus abondamment que leurs alternatives). Pour beaucoup, il s’agit là d’un faible prix à payer pour la préservation de notre environnement. L’étude de l’ONU montre les bénéfices que pourrait apporter un « panier alternatif » (course alimentaire de base) composé de substituts plus économes en ressources naturelles. Ces comportements « zéro déchet » auraient un impact considérable sur la production de déchets plastiques : -380 mille tonnes, l’équivalent de la quantité jetée par plus de 5 millions de foyers en un an [5].


Des mesures qui nous concernent tous

Ces mesures concernent trois types d’acteurs qui ont chacun un rôle à jouer :

  1. Les industriels et entreprises qui créent, utilisent, et mettent à disposition des produits plastiques doivent concevoir leur produit de la manière la plus durable possible en augmentant leur cycle de vie. Il s’agit aussi d’informer les consommateurs sur la composition du produit plastique, de ses additifs nocifs, ainsi que des possibilités de recyclage et de dégradation dans l’environnement. « La possibilité de recyclage pourrait être reflétée dans le prix des produits et utilisée comme stratégie de marketing ». Les entreprises pourraient introduire des systèmes de réduction ou de bon d’achat quand certains produits sont rapportés à un point de collecte, encourageant les consommateurs dans une démarche responsable.

  2. Les gouvernements et systèmes politiques peuvent, pour limiter la production et l’utilisation du plastique, édicter des lois, des règlements et passer des accords. Les gouvernements peuvent adopter des politiques fortes, encourageant un modèle de conception et de production de plastique circulaire (loi du 10 février 2020 en France relative à la lutte contre le gaspillage et l’éco circulaire) et mettre en avant des alternatives à leur utilisation par des incitations financières. Ils ont aussi le pouvoir de financer la recherche et de sensibiliser les citoyens. En Irlande par exemple, les sacs plastiques sont payants, et les fond obtenus grâce aux taxes sont ensuite utilisés pour lutter contre la pollution plastique ou d’autres problèmes environnementaux. Au Rwanda, le gouvernement a interdit la vente, la production et l’utilisation des sacs plastiques. L’ONU a quant à elle élaboré une « feuille de route » en 10 étapes basée sur les leçons tirées de plus de 60 pays à travers le monde.

  3. Et nous tous, citoyens, qui sommes parties prenantes dans cette « lutte » en veillant à agir de manière écoresponsable, en modifiant nos modes de consommation et en respectant l’ensemble des règles visant la préservation de l’environnement. Si ces comportements se développent, les entreprises ne pourront ignorer le message et seront contraintes d’ajuster leur offre. Nous devons être acteurs du changement et suivre les mesures mises en œuvre par nos gouvernements afin qu’elles aient un impact. A Bali, deux adolescents ont mené une campagne de quatre ans pour convaincre les autorités d’interdire les sacs en plastiques, le gouvernement s’est engagé à les interdire progressivement. Nous pouvons nous-mêmes participer au financement de certains projets pour lutter contre la pollution plastique ou la protection de l’environnement : créer des associations, lancer des campagnes de sensibilisation, d’information et faire pression sur les entreprises et les fabricants pour qu’ils conçoivent des produits plus respectueux de l’environnement.

Prises séparément, aucune de ces mesures ne peux suffire à résoudre le problème plastique. Ce sont les actions conjuguées et coordonnées des différents acteurs qui permettront cette « prise de conscience massive » salutaire.


Les alternatives aux plastiques

Enfin, quelles sont, aujourd’hui, les alternatives au plastique ? Quelques-unes sont très prometteuses :

  • Les algues : le projet de les utiliser revient à Rémy Lucas, ancien ingénieur français d’une industrie de plastique. Ce nouveau « plastique » est totalement végétal et naturel. Il n’utilise que très peu d’eau, aucun produit chimique, est 100 % biodégradable et agit comme un engrais en se décomposant.

  • Le bambou : matériau très prisé, abondant et peu onéreux, il est facile à trouver et à travailler. Il s’agit d’une alternative durable surtout dans le domaine culinaire. En plus d’être pratique, il est léger et esthétique, atout supplémentaire pour séduire les consommateurs. Les articles en bambou explosent ces dernières années et sont perçus comme la nouvelle génération de produits biosourcés.

  • L’amidon de maïs : Il permet de véritables prouesses pour remplacer le plastique utilisé dans l’agriculture. Il est extrêmement résistant et se recycle facilement.

  • La pomme de terre : déjà connue pour ses nombreuses vertus, une entreprise indienne a réussi à créer des sacs « plastiques » 100 % bios et biodégradables. De plus ces derniers n’altèrent en rien la santé des animaux s’ils sont ingérés.

  • La betterave, la canne à sucre, la banane et même les fruits de mer constituent des matériaux alternatifs viables capables de remplacer le plastique dans nombre de domaines, notamment celui des emballages et des sacs, le marché principal du plastique à l’heure actuelle. Il représente près de la moitié de tous les déchets plastiques produits dans le monde [6].

Malheureusement ces alternatives rencontrent divers problèmes qui retardent leur arrivée sur le marché…

Les algues sont produites quasi exclusivement par l’entreprise Algopack qui doit faire face à une demande exponentielle alors que leur production, déjà plus chère que celle du plastique repose sur la disponibilité des algues et l’aménagement de points de collecte. L’amidon de maïs sous forme « plastique » possède quant à lui une durée de vie très limitée. Autre exemple pour la betterave et la pomme de terre, qui nécessitent des coûts de production très élevés par rapport à son concurrent. Ou encore la canne à sucre qui ne pousse que sous certaines conditions climatiques, impliquant alors d’importer la matière première pour les pays ne pouvant la cultiver. Pour d’autres, les techniques ne sont tout simplement pas encore au point ou mal maîtrisées bien que prometteuses…


Pour en revenir au « panier alternatif » cité plus haut, il soulève également le problème d’une augmentation importante de la consommation d’eau : plus 169%. Sans plastique le gaspillage alimentaire pourrait lui aussi être vu à la hausse, le taux de conservation des aliments diminuerait drastiquement, entrainant des problèmes tout aussi néfastes que l’utilisation de ce dernier.


Enfin, la partie économique représente probablement le plus grand frein à leur mise en place à grande échelle. Le plastique est un produit déjà trop implanté dans nos sociétés et passer à des alternatives plus « coûteuses » ou trop « incertaines » ne plairait pas forcément à tout le monde. Il est visiblement plus profitable de produire en « obsolescence programmé » dans cette culture du tout jetable que de manière durable, et le plastique semble être le matériau parfait pour cela. De plus, l’industrie plastique représente un chiffre d’affaire d’environ 35 milliards d’euros en France [7] pour 122 000 salariés répartis dans 3 500 entreprises |8].


Il n’existe pas de solution miracle au plastique ni aux inconvénients qu’il engendre. Il faut aussi se rendre compte qu’il n’est ni possible, ni souhaitable, de retirer toute forme de plastique de la société, au risque de créer ou d’amplifier d’autres problèmes. Cependant, il reste nécessaire d’agir au plus vite afin de stopper les ravages de notre dépendance à ce matériau. Le changement vers des solutions plus durables et respectueuses de l’environnement sera un processus long. Les gouvernements font lentement face au problème et l’application des réglementations a souvent été mal exécutée. Mais en collaborant avec les industries et les consommateurs, ils peuvent soutenir le développement et la promotion de ces solutions. Il est certain que les matériaux alternatifs ont un rôle important à jouer afin de réduire cette dépendance au plastique, autant que limiter la production et la toxicité des déchets. En attendant, il nous faut renforcer la circularité de notre économie et la gestion de nos déchets. Tous les maillons de la société sont essentiels à la mise en place de ces solutions. Sensibiliser les populations à l’impact des plastiques sur la société et l’environnement constitue le premier pas, et probablement le plus accessible à tous.

Article rédigé par Charles Dubois Sibert

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