Les Soudanaises n’auront plus à subir de mutilations génitales.

Depuis le 22 avril 2020, la mutilation génitale féminine est interdite au Soudan. Cette pratique laisse des séquelles considérables sur les femmes qui la subissent. Elle reste pourtant très répandue dans de nombreux pays du Moyen-Orient et d’Afrique, malgré les lois l’interdisant dans la majorité des pays.


Photo tirée de l'UNICEF/Soudan

Au mois d’avril 2019, les Juges de l’actu avaient déjà rédigé un article sur l’excision dans le monde [1]. Aussi appelée mutilation génitale féminine (MGF), cette pratique consiste à couper ou enlever certaines parties génitales féminine, en utilisant habituellement une lame, sans anesthésie ni antibiotiques. Ce processus est généralement réalisé par un "circonciseur" chez les nouveau-nés et les enfants, l’âge moyen étant entre 5 et 9 ans.

Cette pratique peut tout d’abord être critiquée à travers un prisme genré, puisqu’elle exprime directement le souhait de contrôler la sexualité de la femme afin qu’elle reste pure et modeste, pour pouvoir amplifier le plaisir sexuel du futur mari lors du rapport sexuel. Cette tradition est par ailleurs habituellement initiée par les femmes, qui perçoivent cela comme un acte d’honneur, et qui ont peur que leurs filles soient exclues de la société si elles ne le font pas.

La procédure la plus commune au Soudan s’appelle la circoncision pharaonique, communément appelée Type III. Elle consiste à enlever la partie intérieure ou/et extérieur des lèvres, avec ou sans la suppression du gland du clitoris, puis la fusion de la blessure pour laisser un petit trou afin de laisser passer uniquement l’urine et le sang des règles.

Une lame d'excision, Getty images

C’est une pratique dangereuse, qui cause beaucoup de problèmes de santé à celles qui doivent l’endurer : le risque de développer une maladie ou de causer la mort du fœtus pour celles qui ont subi une MGF de type III augmente de 55%, selon une étude menée par l’Organisation Mondiale de la Santé en 2006 [2].

Une autre étude de 2015 a montré que psychologiquement, ces femmes sont plus susceptibles de souffrir d’anxiété, de dépression et de troubles de stress post-traumatique. Cette pratique empêche aussi les femmes de jouir lors d’un rapport sexuel.

Dans un article du New York Times publié le 30 avril 2020 [3], le correspondant Declan Walsh, rapporte le chiffre onusien que 9 femmes sur 10 au Soudan se sont faites exciser. En 2014, 86,6% des femmes soudanaises ont affirmé l’avoir été, tandis que 31,5% ont confirmé l’avoir fait subir à leur propre(s) fille(s). Ainsi, depuis le 22 avril 2020 au Soudan, quiconque pratique cette procédure sera passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison. L’auteur poursuit en citant Nasr Al-Din Mufreh, ministre des Relations religieuses, qui à l’occasion de la cérémonie marquant la Journée Internationale de la tolérance zéro à l’égard des MFG (6 février), avait prononcé des mots forts : « C’est une pratique que le temps, l’endroit, l’histoire et la science ont révélé être dépassée ».


Cette loi a été votée par le gouvernement provisoire en place depuis le mois de septembre 2019, qui a remplacé Omar El-Béchir, destitué du pouvoir après 30 ans à la tête de l’Etat. El-Béchir, malgré les nombreuses tentatives de la part des organisations humanitaires et la pression d’une partie de la société civile, avait refusé cette loi à plusieurs reprises. En réalité, le combat contre l’interdiction de cette pratique est ancien. Dès 1946, une première interdiction des MFG de type III avait été votée au Soudan, mais n’avait pas été respectée jusqu’à son annulation en 1983, date de l’introduction des Lois de la charia au Soudan. Depuis, plusieurs tentatives vaines ont été faites pour l’interdire, comme en 2016, mais la proposition fut rejetée par les conservateurs religieux.

D’après Salma Ismail, porte-parole à Khartoum du Fonds des Nations Unies pour l’enfance, « la loi va aider à protéger les filles de cette pratique barbare et va leur permettre de vivre en dignité (…). Cela va aussi aider les mères qui ne voulaient pas exciser leurs filles, mais qui sentaient qu’elles n’avaient pas le choix de dire non ».

Mais derrière ce qui semble être une première victoire, les experts doutent de l’effet véritablement dissuasif de cette nouvelle loi. Tout d’abord, comme l’article de la BBC du 2 mai 2020 le souligne, malgré l’interdiction et les peines qui y sont attachées (pouvant aller jusqu’à la peine de mort), la pratique reste présente [4]. Ensuite, le poids culturel de la pratique constitue un frein majeur à sa disparition. L’acte est considéré comme un pilier culturel et dans certains pays, un rituel de passage sans lequel la femme ne peut accéder au mariage.

Paradoxalement, signe du poids culturel de la pratique, les femmes vivant dans une communauté qui pratiquent les MGF se sentent fières d’elles, car c’est un signe de beauté, de respect de la tradition, de chasteté et d’hygiène. Dans ces communautés-là, si une femme ne se fait pas exciser, elle est considérée comme étant impure.

D’où la force symbolique de la loi : elle arrive précisément dans un contexte soudanais post-révolution, durant laquelle les femmes ont joué un rôle majeur dès son commencement en 2018. Nous pouvons citer Alaa Salah, étudiante en architecture dont la photo tournait sur tous les réseaux sociaux comme symbole des manifestations soudanaises.

Vidéo virale prise le 6 avril 2019 par Lana Haroun.

Ainsi, suite à la destitution de ce président qui a présidé de 1989 jusqu’à avril 2019, et un accord pour le partage de pouvoir entre les dirigeants civils et militaires, une des premières initiatives du nouveau gouvernement a justement été d’interdire la pratique des MGF, pour ensuite s’orienter vers les élections de 2022.

Depuis plusieurs années, de plus en plus de campagnes locales et internationales appellent à mettre fin à cette tradition, avec des réactions positives de la part de certaines communautés. Ainsi, cette loi est comme une première victoire pour ces organisations, qui luttent contre une coutume bien ancrée dans la société. Le ministre soutient le but de l’éliminer complètement avant 2030.

Ainsi, avec un article précédemment publié sur notre site, expliquant que les femmes pouvaient maintenant danser et porter des pantalons [5], nous pouvons avancer que la condition féminine au Soudan s’améliore progressivement, bien que beaucoup de choses restent à faire.


Rédigé par Nadine Abdel-Hamid.

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