Les Soudanaises peuvent (enfin) danser avec des hommes et porter des pantalons !


Tandis que le conflit syndicalo-gouvernemental et ses conséquences monopolisent l’actualité française, une grande avancée pour la condition féminine au Soudan a eu lieu le 26 novembre dernier. Malheureusement, l’écho de cette victoire ne nous est presque pas parvenu, étouffé par les répétitions présentes sur les plateaux télé ou sur les titres des différents journaux publiés cette dernière semaine.


La loi abrogée imposait de nombreuses restrictions aux femmes soudanaises qui subissent le joug de la Charia depuis 1983. Voici l’occasion de faire un petit rappel des condamnations féminines et de la situation politique au Soudan, qui sont intimement liées. Il est possible de prendre l’exemple de deux femmes ayant été condamnées à des traitements ignominieux pour des raisons arbitraires :

  • Meriem Yahia Ibrahim Ishag : le cas de cette femme née en 1987 avait suscité l’indignation internationale au cours de l’année 2014. Elle fût condamnée à mort pour apostasie, qui est le fait de rejeter une croyance - ici, l’Islam (étant chrétienne) - et à cent coups de fouet pour “adultère”, après avoir épousé un chrétien originaire du Soudan du Sud. Il est important de rappeler que le Soudan se subdivisa en 2011, donnant naissance à la République du Soudan du Sud qui regroupe la majorité des peuples chrétiens, tandis que la quasi-totalité de la population du Soudan est musulmane. Le mari de Meriem était donc un chrétien du Soudan du Sud.

  • Halima Abdalla (nom d’emprunt pour son témoignage à France Info le 25 novembre dernier): en 2010, Halima fut condamnée par le tribunal à cent coups de fouet pour consommation d’alcool. Normalement, elle aurait du en subir quarante, mais “sa confiance en elle, ses cheveux courts et ses habits à l’occidental” ont irrité le juge, qui lui aurait dit : “Nous (islamistes) sommes au pouvoir depuis plus de vingt ans et il y a encore des femmes qui s’habillent comme ça ?”, décrit-elle dans son témoignage.


Ces deux exemples témoignent de la dimension arbitraire des jugements, qui découlent d’une pensée religieuse liée à la justice. Dans l’article publié le 27 octobre sur les homosexuels en Ouganda, Simon Lokodo qui souhaite faire passer la loi condamnant les homosexuels, est intrinsèquement lié à la religion puisqu’il était prêtre catholique. Il est aujourd’hui ministre de l’éthique et de l’intégrité.

La loi abrogée le 26 novembre dernier concernait “l’ordre et la morale publique”. Dans un article publié le 12 décembre, le média TV5 Monde reprend l’avis de Sara Abou, ancienne députée et professeure à l’université de Khartoum (capitale du Soudan), qui explique que cette loi abrogée manquait de précisions. Cela entraîne donc des décisions arbitraires de la part des policiers, mais aussi de la justice. Ainsi, un policier pouvait amener une femme devant le tribunal pour une robe vêtue, et qu’elle soit condamnée à la flagellation.


L’abrogation de cette loi est donc une avancée significative pour la condition féminine au Soudan, en témoignent les deux acquis présents dans le titre. Mais d’autres acquis sont à souligner depuis qu’Omar el-Bechir, ancien chef Etat soudanais à partir de 1989, a été renversé en avril dernier. En effet, le nouveau premier ministre, Abdallah Hamdok, a nommé quatre femmes en tant que ministre. Parmi elles, Walaa Issam, ministre de la Jeunesse et des Sports, qui a lancé la première ligue de football féminin au Soudan le 30 septembre dernier à Khartoum.


C’est donc un espoir de liberté qui naît au Soudan. Les femmes, victimes majeures de la Charia sous Omar el-Bechir, comptent bien s’emparer des améliorations possibles à saisir dans ce contexte post-révolution.


(En photo de couverture, Alaa Salah, devenue l’icône de la révolution soudanaise en avril dernier.)


H.B




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