Mourir : le début de la fin ?

Si une fois que les synapses de notre cerveau ne transmettent plus les impulsions électriques, gérer ce qu’il adviendra de notre corps n’est plus vraiment notre problème, en France, il nous est donné de nombreuses possibilités pour prévoir ce qui sera fait de notre dépouille une fois le moment fatidique arrivé…



Il faut savoir que depuis la loi Caillavet du 22 décembre 1976, le don d’organe d’une personne décédée est présumé. Cela implique qu'en l’absence d’un refus explicite de la part d’une personne décédée de son vivant, on présume qu’elle consent à donner ses organes. Mais après ce don, la question se pose toujours de savoir que faire de notre corps…

Plusieurs choix sont possibles à l’heure actuelle tels que l’inhumation, plus connue sous le terme d’enterrement [1], l’incinération et enfin le don du corps à la science [2] pour servir la recherche ou l’éducation. Ces procédures possèdent leurs avantages comme leurs inconvénients surtout au niveau du prix qu’il en coûtera pour les proches des défunts.

Ce dernier choix est celui de plus de 2 500 personnes en France chaque année [3], charmés par l’idée de servir la recherche et la médecine avec un coût lié aux dons élevé, mais permettant l’entretien du lieu d’accueil et du corps du défunt. Néanmoins, ce choix altruiste des défunts s’est transformé en un véritable calvaire pour les familles dont les proches se sont retrouvés dans l’horreur du Centre du don des corps (CDC) rue des Saints Pères, rattaché à l’Université Paris-Descartes.


C’est dans l’article de l’Express [4] publié le 26/11/2019 que sont dévoilés au grand public les dessous du CDC créé en 1953 pour permettre aux étudiants et aux chercheurs d’avoir accès à des « corps frais » conservés plusieurs semaines après le décès. On retrouve dans cet article une explication de l’état réel dans lequel se trouvent les corps parfois entassés les uns sur les autres, parfois en morceaux, abîmés ou noircis, à peine recouverts et laissés à l’abandon.

Illustration réalisée par Louise Laloux.

On y apprend en outre, les dégradations du lieu en lui-même qui semble avoir été inchangé depuis sa création et des conditions de travail de ce fameux étage qui ont d’ailleurs poussé à la démission de certains de ses directeurs ainsi que de la présidente du comité d’éthique, Pr Brigitte Mauroy, ne pouvant plus supporter l’inaction de l’Université Paris-Descartes.

Cet article révèle que l’Université prévoit des travaux de rénovation, mais seulement pour le premier trimestre de 2020 et que si les dirigeants assurent une volonté de nettoyer ce lieu, on est encore loin de la fin de la prolifération de souris, de mouches et de larves dans de nombreux membres et corps entassés. De plus, de nombreux témoignages de médecins du CDC relatant, durant l’été 2018, des corps dans un état immonde, couplé à une panne de congélateur, une fuite de formol mélangée à un produit désinfectant provoquant des vapeurs toxiques et le même jour, dans la zone réservée aux embaumements, une fuite de chlorure de zinc à la suite du dysfonctionnement d'une cuve de stockage sont des preuves suffisantes du décalage entre les propos de l’Université et les avancées réelles sur le terrain.


A la suite de ces révélations, 170 proches de défunts ont déposé plainte contre X pour « atteinte à l’intégrité d’un cadavre » auprès du parquet de Paris [5]. Ils ont également créé début juin 2020 une association baptisée « Charnier Descartes, justice et dignité ». Toutefois, on ne peut imaginer l’horreur de ces familles qui ont pris connaissance des conditions de traitement réelles des corps du CDC à travers l’article de l’Express. Mais bien pire que l’état des lieux, l’article expose aussi au grand jour l’existence d’un commerce de ces cadavres.

En effet, en 2011, au début de sa présidence de l’université Paris-Descartes, Frédéric Dardel valide la pratique de revendre, jusqu'à 900 euros, ces « cadavres frais » qui faisaient la spécialité de l'université. Ainsi 75 % du chiffre d’affaire du CDC en 2013 fut assuré par la revente de pièces anatomiques à des entreprises privées, laboratoire ou autres. Cela sous prétexte que « Les corps représentent un coût marginal » (F. Dardel). C’est dans cette même optique qu’ont été rendu payant l’accès aux corps pour ceux désirant faire des recherches au CDC. Ce qui a pu expliquer que certains de ces derniers se permettaient alors de repartir avec des « pièces » anatomiques.


Début 2021, où en sommes-nous réellement ?

Tout d’abord, à la suite de ces révélations, le CDC a été fermé administrativement et un communiqué établi par l’université Paris-Descartes a été présenté aux familles des défunts conjointement à un communiqué de presse rappelant la mise en place d’une réhabilitation du site maintenant prolongée jusqu’à fin 2023 [6]. En outre, ce 4 décembre 2020, un ancien préparateur a été mis en examen après avoir été soupçonné de vols d’ossements et de bijoux. Si les familles attendent toujours que justice leur soit rendue, l’Université Paris-Descartes a annoncé que les futurs donneurs seront remboursés. Cela ne suffit néanmoins pas à calmer l’indignation présente dans l’association des proches des défunts qui manifestent devant le CDC.


Ce qu’ils retiennent de cette année de mobilisation, c’est le « silence et la lâcheté » [7] de l’Université ainsi que le manque d’honnêteté qui permettrait à ces familles de savoir ce qui est réellement advenu de leurs proches. C’est donc une affaire à suivre qui, si elle met à mal le don du corps, ne remet pas en cause sa réelle utilité. Cette affaire met en avant les dérives qui peuvent se faire en France, mais aussi dans le monde entier, et qui nécessiteraient la mise en place d’une organisation plus transparente concernant le don des corps.


Article rédigé par Elodie le Péchon

  • Facebook
  • Instagram
  • Twitter
  • LinkedIn - Black Circle