Polémique autour du football : et si on parlait de tout, madame la ministre ?

Depuis la reprise de la Ligue 1 en août dernier, la polémique des chants homophobes dans les stades fait rage dans le monde médiatique. Les supporteurs, qui n’ont rien changé à leurs habitudes, se retrouvent soudainement sous le feu des critiques concernant les propos employés dans les chants qu’ils utilisent généralement pour intimider les équipes adverses. Le sujet est complexe, et les faits qui se produisent autour l’expriment parfaitement : des arbitres interrompent un match lorsque une banderole homophobe est levée ; le dirigeant de la Fédération Française de Football leur demande de ne plus arrêter les matchs pour les chants homophobes, mais ils doivent le faire pour des chants racistes etc...


La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, prend parti dans l’affaire, et se montre intransigeante envers Noël Le Graët (dirigeant de la FFF). Il est possible de relever quelques déclarations du 10 septembre concernant le dirigeant et la polémique de manière générale : “Noël Le Graët doit prendre sa part de responsabilité” , “Ces chants banalisent l’insulte homophobe dans la société française” , “La position qu’a pris Noël Le Graët en faisant une différenciation entre homophobie et racisme est erronée”.


La critique de cette polémique n’est absolument pas le sujet de cet article, sachant qu’elle mérite sa place dans le débat publique. Cependant, il est possible de s’attarder sur le cas de notre ministre qui se permet de donner des leçons de moral autour du football.

Au mois de mars dernier, notre ministre se disait déjà en insécurité dans les stades de foot. La même semaine de cette déclaration, elle se rendait au Qatar pour une visite officielle concernant la coupe du monde 2022. C’est ainsi qu’elle tweeta le 29 mars 2019 “Visite du stade Al-Wakhra où les entreprises françaises sont présentes pour apporter leur savoir faire...”. Or, l’opinion publique n’est pas enchantée de cette future coupe du monde, notamment à cause de la polémique qui touche l’organisation de celle-ci, concernant les conditions de travail des ouvriers qui sont assignés à ces chantiers.


Dès 2013, Le Monde publiait un article le 18 octobre intitulé “Mondial 2022 : les damnés de Doha”. Dans cet article, il est écrit que des ouvriers indiens et népalais meurent par centaines à cause des conditions de travail inhumaines dans lesquelles ils sont plongés par la société QDVC (Qatari Diar Vinci Construction), filiale locale de Vinci. Cet “esclavage moderne” est inévitable pour cette coupe du monde, sachant que tout doit être construit ex-nihilo dans ce pays qui n’a jamais organisé un événement mondial et qui doit construire en moins de dix ans plusieurs lignes de métros et de tramways, des stades entiers, et toutes sortes d’infrastructures étant capables d’accueillir un des événements les plus suivis au monde. Les conséquences de cette hâte sont inquiétantes, puisque les personnes employées travaillent entre 66 et 77 heures par semaine sous des températures pouvant atteindre les 50°c. Un autre article du Monde beaucoup plus récent, datant du 22 novembre 2018, expliquait qu’une nouvelle plainte avait été déposée contre Vinci, après celle de 2015 qui fût classée sans suite. Dans ce même article, la responsable du contentieux au sein de Sherpa (l’organisme qui dépose les plaintes contre Vinci) traite des salaires : “Ces travailleurs immigrés non qualifiés touchent 4% du salaire médian d’un Qatari. C’est comme si, en France, les ouvriers immigrés touchaient 68 euros par mois alors que le salaire médian français est de 1700 euros”.


Des conditions de travail que les médias ne relatent pas assez.

Voilà comment Vinci développe son savoir faire au Qatar. Il est amusant que ce sujet ne soit jamais venu à la bouche de Roxana Maracineanu. Nous pouvons nous demander pourquoi cela la choque moins que des chants homophobes, et la réponse se trouve probablement dans les multiples enjeux qui concernent notre investissement dans ces chantiers de la honte. Il est aussi possible de traiter de la vision de l’homosexualité au Qatar, qui considère cette orientation sexuelle comme une “perversion” ou encore “le signe de la décadence occidentale”, comme le titrait un des articles publiés sur le célèbre média qatari d’ Al Jazeera il y a quelques années, mais cela ouvrirait un autre débat.


En attendant, contentons nous d’inviter madame la ministre à se préoccuper des valeurs qu’elle soutient et qu’elle ose promouvoir sur son compte Tweeter, et à prendre en considération l’envers du décor des beaux stades visités au mois de mars dernier, avant de prendre part à un débat concernant le football français, les valeurs qu’il doit prôner et comment doivent agir ses dirigeants.


C’est pour cela que je me permets, madame la ministre des Sports, de vous poser cette question : si ces chants banalisent l’insulte homophobe dans la société française, ce qui est tout à fait soutenable, que banalisez vous en faisant la promotion de ce scandale sur votre compte personnel ?


H.B

  • Facebook
  • Instagram
  • Twitter
  • LinkedIn - Black Circle
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now