Que se passe-t-il en Lybie ?

Un conflit peu traité, voire quasi absent de l'actualité, reflétant pourtant une situation très grave, est celle de la crise libyenne, qui débuta avec les Printemps Arabes au début des années 2010. Pourtant, malgré la gravité de la situation et l’implication de nombreux pays, cette crise reste méconnue par le grand public. Entre accords de paix et menaces de guerre, nous essayons de vous dresser un bilan et une vue d'ensemble des relations internationales autour de la question.


Source : Anadolu Agency

Depuis 2011, la situation reste instable en Libye. A la suite de la chute de Mouammar Kadhafi, ex-dirigeant de la République Arabe Libyenne, le Congrès Général National (CGN) est élu et dirige le pays. Mais les tensions s’amplifient très vite, le CGN étant accusé d’abus de pouvoir, surtout après la prolongation contestée de son mandat. Une deuxième guerre civile finit par éclater en 2014, opposant plusieurs acteurs, notamment l’Armée Nationale Libyenne (ANL) avec à leur tête le maréchal Khalifa Haftar et le Gouvernement d’Union Nationale (GNA) dirigé par Fayez El-Sarraj. Mais qu’en est-il de la situation aujourd’hui ?


Fayez El-Saraj est au pouvoir depuis le 12 mars 2016 et est reconnu par l’ONU comme étant le chef du gouvernement libyen. Cependant, il n’est pas soutenu par tous les pays du monde. En effet, officieusement, deux camps avec leurs propres soutiens s’opposent. Si le GNA est soutenu par le Qatar, la Turquie, et l’Ukraine, l’ANL peut compter sur le soutien de l’Égypte, des Émirats Arabes Unis, mais aussi de la France, du Tchad, de l’Arabie Saoudite, de la Russie, de la Biélorussie et enfin de la Syrie.


Depuis le début de cette année, le processus d’accord de paix en Libye a été accéléré, étant donné que la situation dans le pays devient de plus en plus délicate et cruciale. Effectivement, de violents affrontements se poursuivent suite au siège de la ville de Syrte (au Nord de la Libye) qui était aux mains de l’ANL. Aussi, le GNA a repris des zones stratégiques telles que la base aérienne d’Al-Watiya et celle de Tarhuna (au Sud-Est de Tripoli). Ce siège est très stratégique vu que Syrte est à proximité des principaux terminaux d'exportation de pétrole sur la côte méditerranéenne.


Le dimanche 14 juin, différents ministres tucs et russes étaient censés se réunir pour essayer d’arriver à un accord de cessez-le-feu en Libye, et Mevlet Cavusoglu, le ministre des affaires étrangères turc, a confirmé que les deux parties continueraient à travailler ensemble. Les décisions seront prises avec l’accord du GNA, le gouvernement actuel. Cette initiative a été proposée par l’Égypte malgré le désaccord de l’Allemagne qui avait alors déclaré que les accords à travers les Nations Unies étaient la clef pour l’aboutissement de ce processus de paix. Angela Merkel a par ailleurs déjà discuté de la situation avec Erdogan, étant donné que le gouvernement turc est suspecté de vouloir implanter une présence militaire dans le pays, notamment à travers deux bases militaires.


L'Égypte avait déjà tenté de lancer une proposition de cessez-le-feu le 6 juin dernier, mais la Turquie avait refusé. Le but était de sauver Khalifa Haftar après l'effondrement de sa campagne militaire de 14 mois pour s'emparer de la capitale, Tripoli. Le ministre de la défense turc Hulusi Akar a d’ailleurs déclaré que Haftar « disparaîtra certainement » si ses défaites sur le terrain continuent (1).


Cavusoglu a aussi accusé la France de mettre des obstacles à la liberté libyenne en supportant et « encourageant » un groupe illégal : « Le soutien que la France apporte à Haftar alimente la crise libyenne » (2). La France a répondu en soulignant « l’agressivité » de la Turquie sur la situation libyenne notamment à cause de l’intervention de mercenaires turcs sur le territoire. Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a à son tour accusé Ankara de s’opposer aux efforts de trêve en rompant un embargo sur les armes aux Nations Unies : « Ces interférences deviennent très problématiques et, malgré nos efforts, la situation s'enlise. Cette posture de plus en plus agressive n'est pas acceptable. (…) La Turquie est censée être un partenaire de l'OTAN, donc cela ne peut pas continuer » (3). La France cependant nie son soutien au général Haftar.


Entre temps, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo a confirmé que l’ANL et le GNA avaient accepté de se reparler à travers le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Néanmoins, le porte-parole de l’armée libyenne Mohamed Gunono avait souligné que le GNA ferait son possible pour éliminer « tous les dangers », et a accusé les militants d’Haftar et les militants de la 7ème brigade, les « Kaniyat » à Tarhuna, qui originellement soutenaient le GNA, de « génocide haineux » (4) (selon la traduction de l'anglais). Il a aussi rajouté : « Les violations de Haftar nous obligent à ne jamais lui faire confiance ».


Dimanche 21 Juin, lors d’une visite à la base militaire de Marsa Matrouh qui se trouve à quelques kilomètres de la Libye, le président égyptien Abdel-Fattah El-Sissi a déclaré: « l'intervention militaire de l'Égypte sera conforme aux principes du droit international (…)(l’armée) protège et ne menace pas » (5). Elle se fera dans le but de maintenir la stabilité de la Libye et de la région. De plus, le président El-Sissi a rajouté que le développement de la Libye ne se ferait qu’à travers les efforts des Libyens, et réclame la souveraineté du peuple. Il souligne aussi que l’armée est prête à intervenir si besoin en rajoutant que « toute intervention directe en Libye est déjà devenue légitime au niveau international » (6).


La question libyenne semble donc ne pas pouvoir se régler à l'échelle nationale, à l'aune de toutes les différentes nations qui prennent part, soutiennent un camp ou simplement se prononcent dans ce conflit. Au-delà d'être une problématique régionale, la solution de ce conflit se trouve apparemment dans des décisions internationales.


Article rédigé par Nadine Abdel-Hamid

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