Une maladie au second plan.

« Sur l’année écoulée [2020], les dépistages [du VIH] ont chuté jusqu’à 50 % dans certains pays, et l’utilisation de la prophylaxie pré exposition (PrEP) a fortement reculé, en lien avec l’épidémie de la Covid-19 » - Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine [1].



Qu’est ce que le VIH ?

VIH est l’abréviation de Virus de l’Immunodéficience Humaine. C’est une infection sexuellement transmissible (IST) au même titre que l’herpès, la chlamydia ou la syphilis. Cependant, la particularité du VIH est qu’il s’attaque aux cellules du système immunitaire qui protègent le corps contre les attaques des maladies et autres infections. De plus, le VIH utilise ces cellules pour pouvoir se répliquer, induisant une capacité de mutation élevée.

Le SIDA est le stade de plus avancé de l’infection du VIH, qui peut être défini par l’arrivée d’infections "opportunistes" ou de l’un des cancers liés au VIH. S pour Syndrome, qui désigne l’ensemble des symptômes et des troubles provoqués par le virus. I et D pour ImmunoDéficience, le virus attaquant les défenses immunitaires rendant le corps incapable de se protéger contre les nombreuses infections et maladies que l’on nomme "opportunistes". Et enfin A pour acquise, car l’immunodéficience n’apparaît pas spontanément, mais est provoquée par le virus.


Qu’en est-il dans le monde ?

Selon les dernières statistiques sur le SIDA [2], 38 millions de personnes vivaient avec le VIH en 2019 dont 1,7 millions contaminées la même année. 690 000 personnes sont décédées des maladies liées au SIDA en 2019. Néanmoins, 26 millions de personnes avaient accès à la thérapie antirétrovirale, un traitement qui permet, lorsqu'il est prescrit assez tôt, de mieux contrôler l’infection du VIH et permettre à la majorité des malades de ne pas atteindre le stade du SIDA.

Malheureusement, la crise sanitaire liée au coronavirus a eu un impact qui se pourrait dévastateur sur la lutte contre le VIH, notamment de par la chute des dépistages. Françoise Barré-Sinoussi nous indique que « certains estiment que l’on pourrait perdre dix ans d’efforts dans la lutte contre le SIDA » (JDD), et que l’on pourrait avoir jusqu’à 300 000 cas d’infection supplémentaire et jusqu’à 150 000 décès en plus d’ici à 2022.


La situation des personnes atteintes par le VIH en temps de COVID

En effet, la propagation rapide du coronavirus a impacté le nombre de personnes détectées et ainsi, moins de soins ont été donnés. Ce qui est inquiétant quand on sait que plus tôt les soins sont donnés, plus les chances de survie pour les personnes atteintes du VIH sont élevées. Cependant, le manque de dépistage n’est pas la seule cause du recul dans la lutte contre le SIDA. Les confinements notamment, dans les zones dites critiques telles que Wuhan en Chine, ont créé un sentiment de frustration et de peur chez les personnes atteintes du VIH. En effet, l’ONUSIDA révélait dans une enquête menée auprès des personnes séropositives en Chine que près d’un tiers signalait avoir peur d’arriver à court de médicament à cause du confinement et des restrictions de déplacement. Le Bureau de l’ONUSIDA en Chine a travaillé avec l’alliance BaiHuaLin et d’autres partenaires communautaires afin d’établir de toute urgence un lien avec les personnes risquant de manquer de médicaments et de garantir le renouvellement de leur ordonnance. À la fin mars, 6 000 personnes avaient utilisé les points de collecte spéciaux et les livraisons postales d’antirétroviraux mis en place par l’ONUSIDA à Wuhan [3].


Heureusement, leur action ne s’est pas seulement arrêtée au territoire national et dès mai 2020, l’organisation permettait à des centaines de personnes bloquées par les restrictions d’obtenir des antirétroviraux dans différents pays du monde. Ce nouveau besoin en terme de traitement a fait émerger une réalité sur la nécessité de garantir la possibilité d’avoir des réserves pour les personnes atteintes du VIH. Ainsi, sur les pas de la Thaïlande, qui a été l’un des premiers pays à annoncer la délivrance de doses pour 3 à 6 mois de thérapies, l’ONUSIDA travaille en étroite collaboration avec le ministère de la Santé publique et ses partenaires pour étendre cette décision au maximum de pays.


Depuis le début de la pandémie, l’ONUSIDA ne cesse de demander aux gouvernements de protéger les plus vulnérables, notamment les populations clés exposées à un risque élevé de contamination au VIH. En ce sens, plusieurs propositions ont été amenées par le biais de rapports visant à aider les pays à prendre des mesures protectrices dans un contexte difficile et avec une évolution constante de la Covid-19 [4] [5] [6] [7]. Ces rapports exposent trois grands domaines d’action [8] : le premier concerne la protection des prestataires et des membres des communautés face à la COVID-19. Les services du VIH ne pourront continuer d’être assurés au cours de la pandémie de la COVID-19, que si des mesures sont prises pour empêcher toute contamination au coronavirus du personnel, des prestataires et des bénéficiaires des programmes. Ces services peuvent comprendre un renvoi vers un dépistage et des soins pour la COVID-19, ainsi que vers des solutions de protection de la santé mentale des prestataires et des bénéficiaires. Le second domaine consiste à assurer un accès sans danger et pérenne aux services et aux produits liés au VIH. Les programmes du VIH peuvent ainsi intégrer des mesures d’éloignement physique, proposer des consultations en ligne et fournir des ordonnances pour plusieurs mois de traitement. Quant au travail de proximité, il devrait continuer lorsque cela est possible. Le troisième domaine abordé par ce rapport porte sur le suivi de la continuité des services et sur l’amélioration des résultats. Des perturbations étant inévitables, les programmes du VIH devront ajuster leurs systèmes de suivi et d’évaluation afin de permettre des analyses régulières de la continuité des services du VIH et de l’impact de la COVID-19 sur les programmes du VIH et sur leurs bénéficiaires.


Si aujourd’hui, les yeux sont tournés vers la pandémie mondiale de la Covid-19, celle-ci "ne devrait pas être utilisée comme excuse pour ralentir les efforts de la riposte mondiale au VIH auprès des populations clés". Au contraire ! Selon Georges Ayala, directeur de MPact, "cette pandémie est le moment de tirer des leçons de notre action pour mettre fin au SIDA".


Plus que jamais et malgré la crise économique liée à la crise sanitaire, les associations d’aides ont besoin de dons notamment depuis l’annulation du Sidaction en 2020. Le fait que cet évènement essentiel pour la lutte contre le SIDA ait été annulé l'année dernière interroge également sur les priorités que l'on donne aux maladies, et sur les raisons de ces priorités.


Article rédigé par Elodie Le Péchon